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" Nous devons démontrer la même
fermeté à punir les auteurs d'un crime commis
à l'encontre de civils innocents, qu'il soit perpétré
à Washington, Srebrenica ou Alkhan Yurt "
Lord Lord Russel-Jonston
Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil
de l'Europe
La population civile en Tchétchénie continue
d'être la principale victime de la guerre lancée
par les forces russes depuis maintenant plus de deux ans sur
le territoire de cette République. Chaque jour, la liste
des victimes civiles s'allonge, comme le montrent les
chroniques compilées par Mémorial (organisation
russe de droits de l'Homme) depuis avril 2001 et publiées
conjointement par nos deux organisations .
La population est quotidiennement soumise à des actes
de violence indiscriminés qui continuent d'être
le fait des forces armées et du FSB, notamment lors d'opérations
de ratissage mais aussi, de plus en plus, de groupes armés
qui circulent dans des voitures banalisées et, au hasard,
se livrent aux pires exactions.
Les opérations de "nettoyage" qui se sont déroulées
en juillet à Sernovodsk et Assinovskaya, en août
à Alleroy et Goyskoe relèvent de véritables
opérations punitives visant l'ensemble des villageois
: encerclement par les blindés russes, déploiement
massif de militaires, arrestations de la population masculine,
interrogatoires, tortures, exécutions sommaires, pillages
de maisons, extorsions de fonds, chantages, et insultes.
Crimes de guerre et crimes contre l'humanité continuent
d'être perpétrés en Tchétchénie
dans l'impunité la plus grande. Si la FIDH prend acte
des condamnations de 15 militaires reconnus coupables de crimes
commis contre des civils, la disproportion entre les violations
perpétrées en Tchétchénie par les
forces russes et les poursuites engagées contre leurs
auteurs demeure flagrante. D'autant que ces enquêtes ne
s'accompagnent d'aucune évolution de la politique menée
en Tchétchénie dans le sens d'un arrêt des
combats. Bien au contraire.
Les autorités utilisent, en effet, les événements
dramatiques qui se sont produits à New York et à
Washington pour justifier la poursuite de leur politique en
Tchétchénie. En aucun cas, la lutte contre le
terrorisme ne peut servir de prétexte à la perpétration
de violations graves et massives en Tchétchénie.
Les tentatives actuelles du Président Poutine visant
à rallier, sur cette base, la communauté internationale
à sa politique, et contre lesquelles des voix se sont
levées ces dernières semaines en Russie même,
doivent être repoussées avec la plus grande fermeté
par l'Union européenne. La politique menée en
Tchétchénie était et reste en totale contradiction
avec les valeurs universelles qui fondent la politique étrangère
de l'Union européenne.
La FIDH demande aux Etats membres de l'Union d'adopter une
position ferme et cohérente avec celle tenue précédemment
dans d'autres forums internationaux, notamment lors de la dernière
session de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU.
Par ailleurs, les Etats membres de l'Union étant tous
membres du Conseil de l'Europe, la FIDH considère que
lors de ce sommet, ils doivent s'associer publiquement aux exigences
formulées par le Comité européen pour la
prévention de la torture (CPT) qui, fait rarissime, a
publié en juillet une déclaration publique condamnant
l'absence de coopération de la Russie avec le CPT. Les
autorités russes ont refusé d'apporter des informations
précises sur les cas mauvais traitements de détenus
et sur l'état des poursuites engagées.
Dans le contexte actuel, il est urgent que l'Union européenne
se joigne aux récentes déclarations des plus hauts
représentants de l'OSCE et notamment son Président,
et du Conseil de l'Europe en réaffirmant publiquement
qu'en aucun cas la lutte contre le terrorisme ne peut servir
de prétexte à la perpétration de violations
des droits de l'Homme et à une répression accrue
contre la population civile, et en condamnant toute forme d'amalgame.
L'Union européenne doit parler d'une même voix
et exiger que les engagements souscrits par les autorités
russes au niveau international et régional en matière
de protection des droits de l'homme et du droit humanitaire,
qui fondent le partenariat entre l'Union et la Russie, soient
respectés.
L'Union doit, en outre, tirer les conséquences des crimes
commis chaque jour par les forces russes contre la population
civile en Tchétchénie en utilisant tous les mécanismes
dont elle dispose que ce soit par le biais du dialogue politique
bilatéral ou dans toutes les autres enceintes internationales
pertinentes.
La seule solution à ce conflit est politique. Les opérations
militaires doivent céder le pas aux négociations
politiques. La FIDH appelle l'Union à faire dépendre
toute discussion dans les domaines économique et sécuritaire
de l'ouverture effective de négociations politiques entre
le gouvernement russe et tchétchène. L'Union doit
être le garant de ce processus et le sommet du 3 octobre
doit marquer un pas décisif dans cette direction.
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