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Paris
- Genève, le 28 septembre 2001
L'Observatoire
tient à exprimer ses craintes les plus vives concernant
le prononcé du verdict, attendu le 29 septembre 2001,
dans l'affaire du procès intenté contre le Docteur
Moncef Marzouki, ancien porte-parole du Conseil National des
Libertés en Tunisie (CNLT) et ancien Président
de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH).
Le Dr. Moncef
Marzouki avait été condamné le 30 décembre
2000 à une peine de huit mois de prison ferme pour appartenance
à une association illégale et quatre mois de prison
ferme pour diffusion de fausses nouvelles. M. Marzouki et ses
avocats avaient décidé de ne pas interjeter appel
de ce jugement, considérant qu'il ne bénéficierait
pas d'un procès équitable, au vu du déroulement
de l'audience de première instance et de l'absence d'indépendance
du pouvoir judiciaire en Tunisie.
En revanche,
le Parquet avait fait appel considérant que la peine
prononcée était insuffisante et avait demandé
qu'une peine plus lourde soit prononcée. Le 23 juin,
la Cour d'Appel de Tunis avait décidé de fixer
le prononcé du verdict au 7 juillet 2001 ; celui-ci avait
ensuite été reporté au 29 septembre 2001.
M. Marzouki risque désormais une peine supérieure
ou égale à 12 mois de prison ferme.
Moncef Marzouki
est poursuivi sur la base d'une contribution écrite à
un séminaire organisé au Maroc, dont il reconnaît
être l'auteur et dans laquelle il stigmatisait "l'Etat
tunisien sans légitimité, sans crédit,
agissant en dehors de tout cadre légal" et affirmait
que "la société tunisienne vivait sous un
terrorisme d'Etat".
L'audience
en première instance s'était déroulée
en présence d'un observateur mandaté conjointement
par l'Observatoire et le Réseau euro-méditerranéen
des droits de l'Homme, de plusieurs observateurs tunisiens et
internationaux ainsi que des représentants de différentes
ambassades. Lors de l'audience, Moncef Marzouki et ses avocats
n'avaient pu être entendus comme ils le souhaitaient et
avaient demandé en vain au Président du Tribunal
correctionnel d'appliquer les articles du Code de procédure
pénale tunisien relatifs aux droits de la défense
et à la tenue de l'audience (articles 69 et 43). Ils
avaient finalement décidé de quitter la salle,
ne pouvant que constater la "violation des droits de la
défense, de la loi" et refusant de plaider sur le
fond.
Depuis 1994,
Moncef Marzouki est victime d'actes de harcèlement policier
et judiciaire constants en raison de ses activités en
faveur des droits de l'Homme. En juillet 2000, il a notamment
été révoqué de la Faculté
de Médecine de Sousse et n'a pu réintégrer
son poste depuis lors. Selon les informations reçues
par l'Observatoire, la surveillance dont il est l'objet s'est
accrue ces derniers temps ; il est en effet constamment suivi
par deux policiers en civil, et ce dans tous ces déplacements.
L'Observatoire
souligne que les poursuites et le harcèlement dont fait
l'objet le Dr. Marzouki s'inscrivent dans un contexte de répression
permanente des défenseurs des droits de l'Homme tunisiens,
exercée à la fois par les services de police et
par le biais de l'instrumentalisation du pouvoir judiciaire.
Sihem Ben Sédrine, porte-parole du CLNT, a été
placée en liberté provisoire le 11 août
dernier et les poursuites à son encontre restent donc
pendantes ; début septembre, les locaux du CNLT ont été
assiégés par des dizaines de policiers en civil,
et le 23 septembre, Sari Khiari, Membre du Raid et membre du
CNLT, a été empêché de sortir de
Tunisie pour se rendre en France à un colloque. Quant
à elle, la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH)
est dans un étau judiciaire depuis que la Cour d'appel
a confirmé le jugement en première instance invalidant
les décisions prises par le 5éme congrès
de la Ligue en décembre 2000 y compris l'élection
de son Comité directeur. La seule activité autorisée
par la Cour d'appel consiste pour le nouveau Comité directeur
à organiser un nouveau congrès ; toutes ses autres
activités sont illégales. La Ligue s'est pourvue
en cassation.
L'Observatoire
considère que les poursuites judiciaires intentées
contre le Dr. Marzouki sont arbitraires.
L'Observatoire
demande avec force aux autorités tunisiennes de cesser
toute forme de harcèlement à son encontre et à
l'encontre de toutes les personnes engagées dans la défense
des droits de l'Homme, ainsi que de garantir, en toutes circonstances,
l'indépendance du système judiciaire tunisien.
L'Observatoire
appelle plus généralement les autorités
tunisiennes à se conformer aux engagements internationaux
auxquels elles ont souscrits en matière de libertés
d'expression, d'opinion et d'association et en premier lieu
le Pacte relatif aux droits civils et politiques ainsi que la
Déclaration sur les défenseurs des droits de l'Homme
adoptée en 1998 par l'Assemblée générale
des Nations unies.
L'Observatoire
demande enfin aux plus hautes autorités d'accorder toutes
les facilités nécessaires au Représentant
spécial du Secrétaire général des
Nations unies sur les défenseurs des droits de l'Homme
afin qu'elle puisse se rendre en Tunisie dans les plus brefs
délais.
Contact presse : FIDH :Sara Guillet ; Juliane Falloux : (+33
1) 43 55 25 18.
OMCT : Laurence Cuny : (+41 22) 809 49 39.
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