| Paris,
le 24 juillet 2001
A l'issue
de la réunion du G 8 à Gênes, force est
de constater le bilan accablant, sur la forme et sur le fond,
de ce rendez-vous manqué.
Qu'il s'agisse de l'organisation pratique et logistique, et
notamment des modalités d'encadrement des manifestants,
de l'ordre du jour et de ses résultats, et de la légitimité
même d'un sommet à 8 portant sur des problèmes
touchant l'ensemble de la communauté internationale,
la FIDH déplore l'incapacité - ou le manque de
volonté - du G 8 à faire face de façon
appropriée aux défis posés par la mondialisation.
1. Sur la répression des manifestations :
La FIDH
condamne avec force les violations des droits de l'Homme commises
par la police italienne et demande qu'une enquête indépendante
et impartiale soit ouverte afin de faire toute la lumière
sur les abus perpétrés par les forces de l'ordre.
La FIDH condamne l'usage de la violence, de quelque côté
qu'elle provienne; néanmoins, elle ne peut s'empêcher
de constater qu'après Seattle, Prague, Québec
et Göteborg, la tendance vers une criminalisation des protestations
sociales se confirme, en violation directe du droit d'association
et de manifestation pacifique reconnu par la communauté
des Etats.
La FIDH
est extrêmement préoccupée par la réaction
des forces de l'ordre à l'encontre des manifestants,
et notamment par le raid de quelques 200 policiers au quartier
général du Forum Social de Gênes. Cette
descente, particulièrement violente, a fait 66 blessés.
92 militants anti-G8 ont été interpellés.
La FIDH a au demeurant saisi l'Observatoire pour la Protection
des Défenseurs des droits de l'Homme à ce sujet.
Au total environ 180 personnes ont été arrêtées
lors des raids de la police. Les témoignages recueillis
par la presse et d'autres ONG attestent de l'usage disproportionné
de la force par les policiers italiens à la fois envers
les manifestants et les journalistes sur place.
La FIDH tient les autorités italiennes pour directement
responsables des mauvais traitements subis par les manifestants.
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2. Sur l'avancée des travaux et le contenu de la Déclaration
finale :
La FIDH
déplore l'insuffisance des mesures proposées à
l'issue du sommet dans les domaines de la lutte contre la pauvreté,
de l'annulation de la dette des pays en développement,
des lignes directrices des agences de crédit à
l'exportation dans le domaines des droits de l'Homme
.
Les chefs d'Etats et de gouvernements ont reconnu leur "
désaccord sur le protocole de Kyoto " sur la réduction
des gaz à effet de serre et ne sont parvenus qu'à
un accord minimal sur sa ratification.
La FIDH prend acte de la création d'un fonds thérapeutique
contre le HIV/sida, le paludisme et la tuberculose qui devrait
être opérationnel dès la fin de l'année
mais constate que les sommes allouées sont finalement
beaucoup moins importantes que prévues.
La FIDH
déplore la médiocrité de la Déclaration
finale, dont les termes vagues et peu opérationnels ne
constituent qu'une pétition de principe indigne d'une
réunion de ce niveau.
Pas d'avancées
sur les agences de crédit à l'export
Dans une lettre ouverte datée du 17 juillet, la FIDH
avait demandé aux membres du G8 d'intégrer les
droits de l'Homme dans les principes directeurs des agences
de crédit à l'export (agences qui garantissent
les risques liés aux investissements étrangers).
La FIDH prend acte du refus du G-8 d'élargir aux droits
de l'Homme les critères contenus dans ces principes directeurs
en se contentant de références aux normes environnementales,
pourtant insuffisantes à garantir à elles seules
l'objectif de développement durable pour tous que s'est
assigné la communauté internationale. Les membres
du G-8 se sont donnés jusqu'à la fin de l'année
pour aboutir, au sein de l'OCDE, à une recommandation
sur ce thème.
La FIDH souhaite que cette recommandation aille " au delà
du mandat d'Okinawa " et qu'elle prenne en compte l'impact
des activités de ces Agences de crédit à
l'export sur les droits de l'Homme.
La FIDH
relève enfin l'ironie de la Déclaration soutenant
l'initiative " tout sauf les armes " en faveur des
Pays les Moins Avancés, alors même que les agences
de crédit à l'export des pays du G8 sont les principales
garantes des ventes d'armes vers ces mêmes pays.
3. Sur la légitimité des réunions du G
8 :
La FIDH s'étonne que des sujets affectant l'ensemble
de la communauté internationale, et nécessitant
par conséquent la tenue de débats au sein d'instances
multilatérales telles que les Nations Unies, soient traités
par les seules grandes puissances. Une telle façon de
procéder va à l'encontre de l'objectif d'ouverture
proclamée en début de Déclaration.
Si la FIDH se félicite que les chefs d'Etats et de gouvernements
aient reconnu la nécessité d'instaurer un "
débat public ouvert sur les défis importants "
et qu'ils se soient déclarés en faveur d'un "
large partenariat avec la société civile ",
elle reste sceptique quant à la volonté politique
réelle de consulter, autrement que pour la forme, les
mouvements de la société civile. Elle note en
outre qu'il aura fallu le décès d'un manifestant
pour que cette prise de conscience ait lieu. La société
civile aura ainsi payé au prix fort sa revendication
légitime d'être entendue .
Pour plus d'informations :
Contacter Anne Christine Habbard ou Marie Guiraud (00 33 (0)1
43 55 25 18)
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