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Genève,
le 5 décembre 2001.
La Fédération
internationale des ligues des droits de l'Homme regrette que
deux ans après une première tentative avortée,
la Conférence des Hautes parties contractantes à
la quatrième Convention de Genève ne prenne aucune
mesure concrète pour mettre une fin effective aux violations
de la IVème Convention de Genève par le gouvernement
d'Israël.
La FIDH
souligne l'applicabilité de jure de la IVème Convention
de Genève dans l'ensemble des territoires palestiniens
occupés. Elle déplore et condamne le refus persistant
par les gouvernements successifs de l'Etat d'Israël, depuis
plus de trente années d'occupation, de reconnaître
et respecter leurs obligations en vertu de la Convention.
Cette attitude
se pose en totale contradiction avec l'esprit de la Convention
imposant la protection des populations civiles en cas d'occupation
d'un territoire, avec ou sans résistance militaire. Elle
est contraire à l'article 1 de la Convention, qui prévoit
que " Les Hautes Parties contractantes s'engagent à
respecter et à faire respecter la présente Convention
en toutes circonstances ", comme à l'article 4,
qui prévoit que " sont protégées par
la Convention les personnes qui, à un moment quelconque
et de quelque manière que ce soit, se trouvent, en cas
de conflit ou d'occupation, au pouvoir d'une (
) Puissance
occupante dont elles ne sont pas ressortissantes ".
La position
défendue par l'Etat d'Israël est également
en contradiction avec les décisions de sa propre Cour
Suprême, qui a reconnu, dans l'affaire Elon Moreh, en
1978 l'applicabilité de la Convention.
Le gouvernement
d'Israël est de plus en totale contradiction avec les décisions
répétées de la Communauté des Etats
réunis à l'Assemblée générale
des Nations Unies. Il est enfin en contradiction avec les résolutions
du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui
ont réaffirmé à plusieurs reprises l'application
de la IVème Convention de Genève dans le contexte
des territoires palestiniens occupés. Il est utile de
rappeler à cet égard que les décisions
du Conseil de sécurité prévalent et s'imposent
à l'ensemble des Etats membres des Nations unies. L'Etat
d'Israël ne saurait, en aucun cas, constituer une exception.
La FIDH
souhaite réitérer sa préoccupation due
à la persistance, sous les gouvernements successifs de
l'Etat d'Israël, de violations graves, systématiques
et répétées des droits fondamentaux de
la population civile palestinienne, en raison de pratiques interdites
par le droit international humanitaire, notamment la IVème
Convention de Genève relative à la protection
des populations civiles en temps de guerre.
Ces violations incluent notamment :
- la torture des détenus palestiniens ;
- les punitions collectives, telles les démolitions de
maisons ;
- le blocus prolongé des territoires occupés,
conduisant à de nombreuses violations de droits économiques
et sociaux, telles la privation de l'accès à la
nourriture, à l'eau potable, à la santé,
à l'éducation ;
- la colonisation des territoires occupés, l'extension
de ses colonies ;
- la déportation et les transferts illégaux de
population ;
- les détentions administratives de Palestiniens au-delà
des délais légaux ;
- la révocation de droits de résidence ;
- la réquisition et la diversion des ressources naturelles
;
- les exécutions sommaires et arbitraires et les assassinats
ciblés
Dans un
tel contexte, la décision des Etats-Unis de ne pas participer
à la Conférence est particulièrement regrettable.
Par leur décision, les Etats-Unis se dissocient de cette
prise de responsabilité internationale. Ils se dissocient
de leur responsabilité de reconnaître, de concert
avec la communauté des nations, la persistance de violations
graves et systématiques du droit international humanitaire
dans les territoires occupés. Ils participent ainsi à
la politisation d'une situation humanitaire catastrophique,
ainsi qu'à la relativisation du droit international humanitaire.
Leur attitude est condamnable à l'égard du peuple
palestinien, comme à l'égard de toute population
souffrant de violations du droit international humanitaire,
car elle porte atteinte aux caractères de primauté
et d'universalité de ces droits.
En dépit
de l'absence de deux parties réfractaires, la Conférence
des Hautes parties contractantes n'a pas su tirer bénéfice
des droits qui lui sont accordés et mettre et uvre
les obligations qui lui incombent en vertu de la Convention.
En, effet,
face à la persistance de violations graves et systématiques
du droit international humanitaire, chaque partie contractante
s'est engagée à "fixer les sanctions pénales
adéquates" à l'encontre de toute personne
ayant commis ou ordonné de commettre toute infraction
grave à la Convention. La FIDH encourage la mise en uvre
de la compétence universelle, prévue à
l'article 146, pour remplir l'obligation de chaque partie contractante
de "rechercher les personnes prévenues d'avoir commis,
ou d'avoir ordonné de commettre, l'une ou l'autre (des)
infractions graves".
De plus,
chaque partie contractante est engagée en vertu de la
Convention "à prendre les mesures nécessaires
pour faire cesser les actes contraires aux dispositions de la
Convention". A cette fin, la FIDH appelle les Hautes parties
contractantes à décider de l'envoi sur place d'une
force internationale de protection ayant pour mandat d'empêcher
la continuation des violations, et de veiller à la mise
en uvre des résolutions du Conseil de sécurité
adéquates, seule condition au rétablissement de
la paix dans la région.
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