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Paris,
le 10 décembre 2001 -
Le 25 septembre
dernier, moins de quinze jours après les attentats terroristes
sur New York et Washington, le gouvernement Bush envoyait une
lettre au sénateur ultra conservateur Jesse Helms pour
l'informer de son soutien à une loi " anti Cour
pénale internationale (CPI) ". Cette loi vise notamment
à interdire toute assistance militaire aux Etats ayant
ratifié le Statut de Rome créant la future Cour
chargée de poursuivre les individus présumés
auteurs de crimes de guerre, crimes contre l'humanité
et génocide.
Nul n'ignorait que cette loi intitulée " American
Servicemembers' Protection Act " (ASPA) planait depuis
plusieurs mois comme une épée de Damoclès,
au-dessus du Congrès américain. Nul n'ignorait
également, que les Etats-Unis, depuis leur opposition
remarquée le jour de vote du Statut à Rome, cherchaient
par tous les moyens à garantir que jamais leurs ressortissants
ne seraient mis en cause devant la CPI.
Même si la loi ASPA doit encore être votée
par la Chambre avant d'être promulguée par le président
Bush, les sénateurs ont franchi le premier pas vers l'impunité
des ressortissants américains en adoptant la loi par
78 voix contre 21.
Alors que les Etats-Unis en appellent au plus grand nombre à
se coaliser contre le terrorisme international et lancer une
offensive unie contre l'Afghanistan, ils démontrent,
une fois de plus, l'ambiguïté et l'incohérence
de leur politique extérieure.
Cela est d'autant plus regrettable que l'entrée en vigueur
de la CPI n'est heureusement plus qu'une question de mois, avec
ou sans les Etats-Unis !
Contact presse : (33-1) 43 55 25 18
HISTORIQUE DE LA LOI ASPA
La loi "American
Service member Protection Act" (ASPA) est présentée
les 8 et 9 mai 2001 respectivement devant la Chambre et le Sénat
par M. Delay et M. Helms. En substance cette loi :
1. Interdirait
toute coopération américaine avec la CPI
2. Interdirait toute assistance militaire avec la plupart des
États ayant ratifié le Statut de Rome : Le principe
général de cet article dispose que, un an après
l'entrée en vigueur de la Cour, aucune assistance militaire
américaine ne pourrait être fournie à un
Etat Partie à la CPI. Cependant, la loi prévoit
que certains Etats peuvent être exemptés conformément
à l'intérêt national américain. Ainsi,
la clause de non-assistance n'est pas applicable aux Etats membres
de l'OTAN, aux alliés essentiels bien que non-membres
de l'OTAN (y compris Australie, Egypte, Israël, Japon,
Jordanie, Argentine, République de Corée, Nouvelle
Zélande) ainsi que Taiwan.
3. Restreindrait la transmission d'information relevant de la
sécurité nationale aux pays ayant ratifié
le statut de la CPI
4. S'opposerait à la participation américaine
aux opérations de maintien de la paix de l'ONU : Il est
prévu que le président utilise la voix et le vote
américain au sein du Conseil de sécurité
pour garantir que toutes les résolutions prise dans le
cadre du chapitre VI ou VII de la Charte des Nations Unies autorisant
respectivement la mise en uvre d'opérations de
maintien de la paix et d'opérations de rétablissement
de la paix prévoient une exemption permanente pour les
membres des forces armées américaines d'une poursuite
pénale devant la CPI pour les actions prises en relation
avec l'opération. La participation des forces armées
américaines ne serait admise que si elle se déroule
sur le territoire d'un Etat non partie au Statut.
5. Autoriserait le Président à utiliser "
tous les moyens nécessaires et appropriés "
pour libérer un citoyen américain détenu
par la CPI d'où le surnom de " Hague Invasion Act
".
Le paiement
des arriérés de l'ONU pris en otage par l'ASPA
Pendant l'été 2001 et jusqu'aux évènements
du 11 septembre, les parlementaires à l'origine de la
loi décident de lier l'autorisation du sénat sur
le paiement des arriérés américains à
l'Onu à la loi anti-CPI. Aussitôt, le Secrétaire
général des Nations Unies, M. Kofi Annan interpelle
les Etats-Unis en exigeant qu'ils distinguent les deux questions
et qu'ils ne tiennent pas en otage le paiement de leur cotisation.
Le 13 septembre, deux jours après les attaques terroristes
sur New York et Washington, le député Tom DeLay
décide finalement de renoncer à s'opposer au paiement
des arriérés dû par les Etats-Unis et les
députés acceptent donc le paiement sans le conditionner
à l'adoption de la loi Helms-Delay. Mais ce n'est que
partie remise !
Le gouvernement
Bush soutient une loi ASPA révisée
Le 10 septembre, la loi anti CPI est révisée pour
inclure des prérogatives présidentielles permettant
de lever certaines des interdictions prévues par la loi
ASPA. Le 25 septembre, une lettre du Département d'Etat
informe Jesse Helms du soutien du gouvernement à la loi
révisée.
Les révisions faites à la loi sont pourtant limitées
puisqu'elles ne font que prévoir une procédure
limitée de levée des interdictions prévues.
Ainsi, les articles relatifs à l'interdiction de coopération
et à l'interdiction de fournir des informations touchant
à la sécurité nationale seraient inapplicables
lorsque le Président, au cas par cas, déciderait
d'agit comme commandant en chef des forces armées. De
même, les restrictions à la participation des forces
armées américaines aux opérations de maintien
de la paix et l'interdiction de porter assistance militaire
aux pays ayant ratifiés la CPI pourraient être
suspendues par le Président pendant une période
d'une année. Pour ce faire, il devra néanmoins
garantir que la CPI ne pourra exercer sa compétence sur
les nationaux américains et que ces derniers ne pourront
être ni arrêtés, ni détenu, ni emprisonnés.
La période d'un an pourrait être renouvelée
si, dans un rapport au Congrès, le Président apporte
la démonstration que les Etats Unies ont passé
un accord liant la CPI qui lui interdit d'exercer sa compétence
sur les nationaux américains.
28 novembre
2001 : la loi ASPA prend du terrain
Le 28 novembre, le Président Bush signe la loi de finance
H.R. 2500 Departments of Commerce, Justice, State, the Judiciary,
and Related Agencies Appropriations Act, 2002 qui contient l'amendement
Craig (section 630) interdisant l'utilisation des fonds affectés
à la coopération, l'assistance ou tout autre soutien
à la Cour pénale internationale ou à sa
Commission Préparatoire. Cependant, lors de la signature,
le Président Bush fait la déclaration suivante
:
" Alors que la section 630 représente clairement
la position selon laquelle le Congrès est en accord avec
mon gouvernement qu'il n'est pas dans les intérêts
des Etats-Unis de devenir un Etat partie au Traité de
la Cour pénale internationale, je dois préciser
que cet article doit être appliqué en conformité
avec mon autorité constitutionnelle dans le domaine des
affaires étrangères [
] De plus, d'autres
articles de la loi restreignent de manière anticonstitutionnelle
mon autorité quant à la conduite de la diplomatie
et mon autorité en tant que Commandant en chef. J'appliquerai
ces articles conformément à mes responsabilités
constitutionnelles (traduction libre)."
Cette déclaration démontre que Bush entend interpréter
l'amendement Craig comme n'interdisant pas les Etats Unis à
participer aux sessions de négociations de la Commission
Préparatoire sur la CPI.
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