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Paris, le 19 novembre 2001
M. le Président
de la République,
La FIDH
est très préoccupée par les récentes
atteintes portées aux droits de l'Homme en Géorgie.
Le 30 octobre
2001, la police a effectué une descente dans les locaux
de la principale chaîne de télévision indépendante
Rustavi 2 à Tbilissi. Cette intervention a été
menée au motif d'une prétendue fraude fiscale
de la chaîne. Selon les informations transmises par Human
Rights Information and Documentation Center (ancien ISHRG),
une inspection fiscale réalisée la semaine précédente
avait pourtant conclu que la chaîne respectait ses obligations.
Ce raid est à l'origine d'une crise politique majeure,
résultant d'une forte mobilisation de la société
civile pour défendre la liberté de la presse.
Il ne s'agit
pas du premier acte d'intimidation mené contre Rustavi
2. Le 26 juillet 2001, son présentateur principal, Géorgiy
Sanaya, a été retrouvé mort d'une balle
dans la tête. Bien qu'une enquête ait été
officiellement lancée, les auteurs et responsables de
ce crime n'ont toujours pas été identifiés.
Ces actes visent à neutraliser cette chaîne indépendante,
critique à l'égard du gouvernement et fermement
engagée dans la dénonciation de la corruption
endémique, y compris au sein du ministère de l'Intérieur.
En outre,
le 12 octobre, le directeur de l'agence de presse "Caucas-Press",
Paata Kurashvili, a été attaqué et gravement
blessé par des inconnus, qui lui ont volé de l'argent
et son téléphone portable.
Ces faits
s'inscrivent en violation de la Déclaration universelle
des droits de l'Homme, dont l'article 19 affirme le droit "à
la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique
le droit de ne pas être inquiété pour ses
opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre
(
) les informations et les idées", et du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques ratifié
par la Géorgie, qui garantit également la liberté
d'expression dans son article 19.
Par ailleurs,
dans le cadre de leur programme conjoint, l'Observatoire pour
la protection des défenseurs des droits de l'Homme, la
FIDH et l'OMCT ont été informées d'entraves
à la liberté d'association. Selon Human Rights
Information and Documentation Center, le 4 juillet 2001, les
locaux de l'organisation "Liberty Institute" ont été
cambriolés. Les voleurs n'ont pas touché aux ordinateurs
neufs. En revanche, ils ont emporté deux moniteurs et
trois disques durs, qui contenaient des informations recueillies
lors d'enquêtes menées sur la corruption. La police
n'a ouvert une enquête sur ces faits que le 21 août
suivant.
Le Human
Rights Information and Documentation Center (ancien ISHRG),
a également été l'objet de divers actes
de harcèlement. Le 6 juillet 2001, l'un des représentants
de cette organisation, Zviad Mamasakhlisi, et son ami Tamaz
Varsimashvili ont été agressés par cinq
policiers, qui les ont sévèrement battus, d'abord
dans la rue, puis dans les locaux de la police. L'année
dernière, le 8 juin 2000, le responsable des relations
publiques de l'ISHRG ainsi que George Chanadiri, reporter au
journal indépendant "Dilis Gazeti", avaient
été détenus arbitrairement. Le 11 novembre,
les bureaux de l'association à Gori avaient été
envahis et dévastés par un groupe de sept ou huit
individus armés de barres de fer. Ces derniers avaient
confisqué la quasi-totalité de leur matériel
(ordinateurs, imprimantes
), ainsi que tous leurs documents.
Ces actes
sont en contradiction avec les principaux instruments de protection
des droits de l'Homme qui garantissent la liberté d'action
des défenseurs et notamment, la Déclaration sur
les défenseurs des droits de l'Homme adoptée le
9 décembre 1998 par l'Assemblée générale
des Nations Unies. Son article 8.2 stipule que chacun a le "droit
de soumettre aux organes et institutions de l'Etat (
)
des critiques et propositions touchant l'amélioration
de leur fonctionnement, et de signaler tout aspect de leur travail
qui risque d'entraver ou empêcher la promotion, la protection
et la réalisation des droits de l'Homme et des libertés
fondamentales".
La FIDH
est d'autant plus préoccupée par ces récents
actes de harcèlement qu'ils s'inscrivent dans un contexte
de regain de tension entre la Géorgie et l'Abkhazie.
L'absence de tout progrès en vue d'un règlement
politique, pacifique des conflits, tant en Abkhazie (1992-1994)
qu'en Ossétie du sud (1990-1993), crée les conditions
d'une instabilité régionale et d'une reprise des
affrontements dont les populations civiles sont les premières
victimes.
Pendant
le conflit qui a opposé la Géorgie à l'Abkhazie,
près de 250 000 personnes d'origine géorgienne
ont été contraintes de fuir cette entité
territoriale. Or, à ce jour, aucune esquisse de solution
n'émerge sur le statut de l'Abkhazie, le retour des réfugiés,
et la restitution des biens ou l'indemnisation des propriétés
perdues entre 1990 et 1994. Cette situation a été
mise en exergue par l'Assemblée parlementaire du Conseil
de l'Europe, qui dans sa dernière résolution de
septembre 2001 (Résolution 1257) " regrette qu'aucun
progrès substantiel n'ait été réalisé
". La FIDH appelle les parties en présence à
tout mettre en uvre afin qu'une issue politique et durable
soit trouvée dans les plus brefs délais.
Par ailleurs,
selon les informations reçues, de graves abus continuent
d'être perpétrés par la police. Celle-ci
fait un usage persistant de la torture tant dans les commissariats
que dans les centres de détention préventive.
Les officiers de police responsables de ces exactions bénéficient
d'une grande impunité.
En outre,
la liberté de religion n'a cessé de faire l'objet
d'attaques depuis plus de deux ans. Ces derniers mois, de façon
récurrente, des extrémistes religieux s'en sont
violemment pris aux groupes religieux minoritaires non orthodoxes,
en particulier les Témoins de Jéhovah et les Baptistes.
Le 28 septembre 2001, par exemple, les Témoins de Jéhovah,
réunis à l'occasion de leur convention annuelle,
ont été attaqués par une centaine d'assaillants.
Ils ont été sévèrement battus, femmes
et enfants compris. Des biens ont été saccagés
et des livres brûlés sous les ordres notamment
du prêtre orthodoxe révoqué, M. Vasili Mkalavishvili.
Ce dernier est connu pour tenir des propos haineux et violents
à l'intention des minorités religieuses. Ces agressions
semblent avoir eu lieu avec la complicité tacite de la
police qui a refusé d'aider les victimes. Pourtant, les
Témoins de Jéhovah avaient notifié à
la police la tenue de leur convention. Celle-ci s'était
alors engagée à leur assurer une protection. Le
30 septembre, près de 124 individus, membres de l'organisation
extrémiste ultra orthodoxe " Jvari " ont attaqué
une réunion de Témoins de Jéhovah à
Rustavi.
Ces différents
éléments sont également attestés
par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe
qui a récemment dressé un constat alarmant de
la situation des droits de l'Homme estimant dans sa dernière
résolution que " la Géorgie est loin d'honorer
ses obligations et engagements en tant qu'Etat membre du Conseil
de l'Europe ". L'Assemblée insiste également
sur la corruption qui " demeure toutefois l'un des problèmes
les plus graves auxquels se trouve confrontée la société
géorgienne " (Rapport de la Commission pour le respect
des obligations et engagements des Etats membres, 13 septembre
2001).
La FIDH
considère que les informations reçues font état
de graves violations des droits de l'Homme et contredisent les
principes et dispositions inhérents à un Etat
de droit.
La FIDH
appelle les autorités géorgiennes à garantir
le libre exercice des libertés fondamentales. La FIDH
demande également que le meurtre de Géorgyi Sanaya
soit au plus vite élucidé et que les auteurs soient
dûment jugés.
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