| La
construction d'un partenariat entre l'UE et l'Egypte, basé
sur le respect des droits de l'Homme, est sérieusement
compromise par la condamnation à de lourdes de peines d'emprisonnement
de plusieurs militants au seul motif de leur engagement
L'Observatoire
publie aujourd'hui un rapport d'enquête sur le harcèlement
législatif et judiciaire des défenseurs des droits
de l'Homme.
Le Dr Saad
Eddin Ibrahim, directeur du Ibn Khaldoun Center for Development
Studies et professeur de sociologie politique, a été
condamné le 21 mai 2001 par la Cour suprême de
sécurité de l'Etat à une peine d'emprisonnement
ferme de 7 ans.
Les 27 autres
personnes, pour la plupart des membres d'ONG dont le Ibn Khaldoun
Center et l'Egyptian Women Voters Support Center qui comparaissaient
avec lui sur la base de charges similaires, ont été
condamnées à des peines de prison ferme allant
de 1 an à 3 ans et des peines d'emprisonnement avec sursis.
Nadia al-Nur, directrice financière du Centre, a été
condamnée à 2 ans de prison ferme comme Khaled
Fayad, responsable de programmes, et Oussama Hammad, comptable.
Magda El Bih, conseillère municipale, qui a porté
une assistance temporaire au Centre a été quant
à elle condamnée à 5 ans de prison ferme,
tout comme Mohamed Hussein Amara, un policier qui aurait fourni
des documents au Centre.
Ce verdict
a été prononcé à l'issue de la dernière
audience d'un procès qui a débuté le 18
novembre 2000 en présence d'un avocat mandaté
par l'Observatoire. Le rapport publié ce jour relate
ce procès tout en expliquant comment l'Etat d'urgence,
la loi sur les associations et le système judiciaire
sont instrumentalisés pour réprimer les défenseurs.
Le Dr Saad
Eddin Ibrahim à l'instar des autres personnes condamnées
à des peines d'emprisonnement ferme ont été
incarcérés. Les seuls recours dont ils disposent
sont la grâce présidentielle et le recours en Cour
de cassation, procédure particulièrement longue.
Le Dr Saad
Eddin Ibrahim était accusé, entre autres, de diffuser
de fausses informations nuisant aux intérêts de
l'Egypte et d'avoir reçu des fonds de l'étranger
sans autorisation du gouvernement. Ces dernières charges
sont fondées sur le décret militaire N°4 de
1992 adopté en vertu de l'Etat d'urgence en vigueur en
Egypte depuis 1967. Elles se référent notamment
en l'espèce à des subventions reçues par
le Ibn Khaldoun Center allouées par le Programme démocratie
MEDA de l'Union Européenne. Ce n'est pas la première
fois que cette disposition est invoquée arbitrairement
pour réprimer l'action en faveur des droits de l'Homme.
Hafez Abu Saada, Secrétaire général de
l'Organisation égyptienne des droits de l'Homme et Vice-président
de la FIDH est depuis 1998 poursuivi sur ce même fondement
pour avoir reçu une subvention de l'Ambassade britannique
pour un projet d'aide juridique aux femmes.
Le Dr Saad
Eddin Ibrahim a été arrêté le 30
juin 2000, son domicile perquisitionné et certains de
ses documents ont été saisis. Le même jour,
le bureau d'investigation de la sécurité de l'Etat
a perquisitionné également le Ibn Khaldoun Center
et arrêté Mme Nadia al-Nur. Des livres de comptes
du centre, des disquettes, des ordinateurs, un coffre fort et
quelques documents ont été confisqués.
Le 10 août, ils ont été tous deux relâchés
sous caution. Le Dr Saad Eddin Ibrahim s'est vu imposer une
interdiction de sortie du territoire. Le Ibn Khaldoun Center
est depuis lors fermé.
L'Observatoire
condamne avec force ce verdict qui démontre une fois
encore la volonté des plus hautes autorités de
museler toute forme d'expression critique et d'entraver l'action
des défenseurs des droits de l'Homme et ce, en totale
contradiction avec les instruments internationaux applicables
en l'espèce et auxquels l'Egypte a souscrit.
L'Union
européenne et l'Egypte viennent d'achever la négociation
d'un accord d'association qui doit encore être signé
par l'Egypte puis ratifié par les 15 Etats membres de
l'UE et l'Egypte avant d'entrer en vigueur. Cet accord s'inscrit
dans le cadre de la construction, depuis 1995, d'un partenariat
euro-méditerranéen économique, politique
et social. L'article 2 de cet accord dispose que les relations
entre l'UE et l'Egypte doivent être fondées sur
le respect des droits de l'Homme. Les accords conclus entre
l'UE et les pays méditerranéens incluent systématiquement
cette clause sur les droits de l'Homme. Dans ce contexte, l'Observatoire
appelle l'Union européenne à peser de tout son
poids pour demander à l'Egypte la libération immédiate
et inconditionnelle du Dr. Saad Eddin Ibrahim et des autres
personnes arbitrairement emprisonnées. Sans une ferme
réaction de l'Union Européenne au verdict prononcé
le 21 mai 2001, c'est l'ensemble du partenariat euroméditerranéen
qui est sérieusement compromis.
L'Observatoire
tient à apporter son entier soutien au Dr Saad Eddin
Ibrahim, et à tous ceux qui ont été arbitrairement
condamnés au seul motif de leur engagement en faveur
des libertés fondamentales et de la démocratie.
Recommandations
Aux autorités
égyptiennes :
L'Observatoire appelle les autorités égyptiennes
à :
- Procéder à la libération immédiate
du Dr Saad Eddin Ibrahim et des autres personnes arbitrairement
emprisonnées
- Garantir la tenue, dans les plus brefs délais, d'un
procès en cassation du verdict prononcé le 21
mai, afin que la condamnation du Dr Saad Eddin Ibrahim et des
27 autres personnes à des peines allant de 1 à
7 ans d'emprisonnement soit annulée ;
- Veiller à ce que la justice, en toute indépendance,
applique les conventions internationales ratifiées par
l'Egypte, et notamment le Pacte international sur les droits
civils et politiques, ainsi que la Déclaration sur la
protection des défenseurs des droits de l'Homme, qui
garantissent la liberté d'association, la liberté
d'action des défenseurs des droits de l'Homme, et en
particulier le droit pour les ONG de recevoir des financements,
y compris de l'étranger ;
- Lever les accusations portées contre Hafez Abu Saada
au motif qu'elles sont arbitraires et qu'elles ne visent qu'à
restreindre ses activités de promotion et de protection
des droits de l'Homme en tant que Secrétaire général
de l'Organisation Egyptienne des Droits de l'Homme ;
- Permettre la réouverture du Centre Ibn Khaldoun et
le libre accès des chercheurs à ce Centre.
- Renoncer à toute législation restrictive de
la liberté d'association et mettre en conformité
la loi sur les associations 153/1999 avec les normes internationales
;
- Entreprendre des consultations avec la société
civile à cette fin ;
- Ne pas recourir à la loi sur l'Etat d'urgence en vue
de restreindre les activités des défenseurs des
droits de l'Homme ;
A l'Union
européenne :
L'Observatoire appelle l'Union européenne et ses quinze
Etats membres à demander à l'Egypte, avant la
ratification de l'Accord d'association que :
- Les recommandations ci-dessus, fondées sur les engagements
internationaux de l'Egypte, soient mises en uvre ;
- Les ONG égyptiennes puissent librement bénéficier
du soutien de l'Union européenne, notamment au titre
du programme MEDA-Démocratie. Le gouvernement égyptien
ne saurait exiger une autorisation préalable de sa part
s'agissant de financements de l'Union européenne ou de
ses Etats membres.
L'Observatoire
considère que la condamnation le 21 mai du Dr. Saad Eddin
Ibrahim et des 27 autres personnes est arbitraire. Il saisit
le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention
arbitraire.
De plus,
l'Observatoire transmet le rapport qu'il publie aujourd'hui
à Madame Hina Jilani, Représentante spéciale
du Secrétaire général des Nations Unies
sur les défenseurs des droits de l'Homme.
E. MAIL
: fidh@fidh.org - INTERNET:
http://www.fidh.org
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