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1.
Grève
de
la
faim
Plus
d'une
centaine
de
prisonniers
politiques,
pour
l'essentiel
des
militants
d'extrême
gauche,
ont
volontairement
choisi
de
mener
jusqu'à
la
mort,
comme
en
1996,
une
grève
de
la
faim
entamée
il
y
plus
de
45
jours,
pour
protester
contre
le
projet
de
transfert
des
prisonniers
politiques
vers
les
prisons
F,
dans
lesquelles
ils
seraient
désormais
détenus
dans
des
cellules
individuelles
ou
pour
deux
ou
3
personnes.
Les
prisonniers
politiques
sont
en
Turquie
très
attachés
à
ces
cellules
dortoirs
où,
rassemblés
à
plus
de
100
le
plus
souvent,
ils
poursuivent
à
l'intérieur
de
la
prison,
en
liaison
parfois
avec
les
militants
en
liberté,
leur
combat
idéologique.
Le
barreau
d'Istanbul,
soucieux
de
trouver
un
compromis
permettant
d'éviter
la
mort
des
grévistes,
a
pressé
le
Ministre
de
la
Justice
de
différer
le
transfert
et
dans
l'intervalle
de
proposer
des
solutions,
évitant
le
confinement
des
détenus,
et
impliquant
donc
des
promenades
en
commun,
des
activités
en
atelier,
des
salles
de
lecture
;
tous
endroits
où
cette
communauté
de
vie,
revendiquée
par
les
détenus,
pourrait
être
restaurée
et
préservée.
Le
8
décembre,
le
Ministre
de
la
Justice
s'est
déclaré
ouvert
à
la
négociation
et
s'orienterait
donc
vers
la
solution
préconisée
par
Yucel
Sayman,
Bâtonnier
d'Itsanbul.
Osnü
Ondul,
Président
de
l'association
turque
des
droits
de
l'homme
(IHD)
a
préconisé,
pour
sa
part,
l'ouverture
de
négociations
et
l'arrêt
des
grèves
de
la
faim
par
les
grévistes.
Cette
proposition,
soutenue
par
la
FIDH,
doit
être
appuyée
par
la
communauté
internationale.
2.
Loi
dite
d'amnistie
qui
n'en
est
pas
une
:
recul
sur
la
question
de
la
liberté
d'expression
La
loi
adoptée
par
le
Parlement
turc
le
vendredi
8
décembre
2000
n'est
pas
une
loi
d'amnistie,
contrairement
à
ce
qui
avait
été
annoncé
depuis
plusieurs
mois.
La
loi
qui
vient
d'être
votée
prévoit
une
dispense
de
peine
plafonnée
à
10
ans,
et
qui
peut
être
révoquée
si
il
y
a
récidive,
dans
un
délai
de
1
an
en
cas
de
poursuite
ou
condamnation
pour
la
commission
d'un
délit,
et
de
5
ans
en
matière
criminelle.
La
loi
bénéficierait
à
environ
40.000
condamnés
ou
personnes
actuellement
détenues
et
en
attente
de
jugement
ou
encore
à
des
personnes
actuellement
poursuivies,
toujours
en
liberté,
mais
encourant
une
peine
d'emprisonnement.
Cela
ne
signifie
pas
pour
autant
que
40.000
personnes
vont
sortir
immédiatement
de
prison
.
Les
libérations
immédiates
seront
fonction
de
la
peine
prononcée,
qui
peut
être
simplement
diminuée
de
10
ans
dans
certains
cas,
sans
que
cette
dispense
de
peine
ne
purge
la
totalité
de
la
condamnation
si
elle
était
supérieure
à
10
ans.
En
tout
état
de
cause,
pour
bénéficier
de
la
loi
votée
le
8
décembre
et
sous
réserve
de
sa
ratification
par
le
Président
de
la
République
Ahmed
Sezer,
il
faut
que
les
conditions
suivantes
soient
cumulativement
réunies:
-
les
faits
délictueux
ou
criminels
doivent
être
antérieurs
au
23
avril
1999
-
la
peine
prononcée
ou
encourue
:
ce
peut
être
la
peine
de
mort,
qui
se
trouve
automatiquement
commuée
en
réclusion
criminelle
à
perpétuité,
les
peines
de
réclusion
criminelle
supérieure
à
10
ans,
les
peines
d'emprisonnement
supérieures
ou
inférieures
à
10
ans
-
les
faits
poursuivis
ou
sanctionnés
ne
doivent
pas
l'être
sur
le
fondement
des
textes
exclus
du
champ
d'application
de
la
loi
Les
exclusions
sont
nombreuses.
Il
faut
relever
en
premier
lieu
une
nette
amélioration
par
rapport
à
la
première
loi,
censurée
par
le
Président
Demirel.
Si
cette
première
loi
était,
elle,
une
vraie
loi
d'amnistie,
elle
bénéficiait
en
revanche
essentiellement
aux
gros
bonnets
de
la
mafia
et
du
crime
organisé.
Sont
désormais
exclus
du
bénéfice
du
texte
adopté
le
8
décembre
les
trafiquants
en
tous
genres,
les
délinquants
financiers,
blanchisseurs
de
capitaux
et
coupables
de
fraude
fiscale
ou
d'escroqueries
au
préjudice
des
banques.
Ceux-ci
ne
verront
donc
pas
leur
peine
diminuée.
Sont
en
effet
exclus
du
champ
d'application
de
la
loi,
les
faits
poursuivis
ou
réprimés
sur
le
fondement
des
textes
tendant
à
la
lutte
contre
le
trafic
de
stupéfiants,
contre
la
corruption,
contre
le
blanchiment
d'argent,
contre
la
fraude
fiscale,
contre
l'usage
et
le
port
d'armes
blanches,
les
textes
régissant
les
délits
financiers,
dans
le
secteur
bancaire
notamment
(Cf.
Affaire
du
neveu
Demirel).
Sont
également
exclus
du
champ
d'application
de
la
loi
les
incendies
de
forêts
"
commis
par
des
groupes
terroristes
"
et
qualifiés
de
crimes,
la
plupart
des
infractions
visées
dans
le
Code
pénal
des
armées,
toutes
les
dispositions
du
Code
pénal
relatives
aux
atteintes
graves
à
la
sûreté
de
l'Etat
pour
lesquelles
la
peine
de
mort
est
prévue,
et
enfin
toutes
les
dispositions
de
la
loi
sur
l'histoire,
la
culture
et
la
langue
d'Atatürk
.
Figurent
également
au
nombre
des
exclusions
l'article
168
du
Code
Pénal
(appartenance
à
organisation
interdite
-
PKK,
DHKP-C
),
ce
qui
empêche
Ocalan
de
revendiquer
le
bénéfice
de
la
loi
et
laisse
entière
la
question
de
l'exécution
de
la
peine
capitale
prononcée
contre
lui.
Figure
surtout
l'article
312
alinéa
2
du
Code
pénal
qui
sanctionne
les
atteintes
à
la
sûreté
et
l'intégrité
de
la
nation.
Depuis
1995,
après
la
refonte
de
la
loi
Anti
Terreur,
de
nombreux
journalistes,
militants
des
droits
de
l'Homme,
écrivains
et
intellectuels
sont
poursuivis
sur
le
fondement
de
cette
disposition
et
ont
été
condamnés
en
raison
de
leurs
écrits
ou
propos.
Les
faits
qualifiés
d'incitation
à
la
haine
ou
la
discrimination
en
raison
de
la
race,
la
religion
ou
l'ethnie,
délit
prévu
et
réprimé
par
l'alinéa
1
de
l'article
312
du
Code
pénal
turc
et
sur
le
fondement
duquel
Erbakan
et
d'autres
ont
été
condamnés,
bénéficient
des
dispositions
relatives
à
la
remise
de
peine
conditionnelle,
sous
réserve
d'avoir
été
commis
avant
le
23
avril
1999.
C'est
pour
calmer
les
protestations
de
la
communauté
internationale,
liées
à
la
condamnation
de
l'ex
premier
ministre
islamiste,
Erbakan,
que
l'alinéa
1
de
l'article
312
du
Code
pénal
est,
lui,
couvert
par
la
loi.
Par
ailleurs
toutes
les
personnes
susceptibles
de
bénéficier
de
la
loi
mais
qui,
dans
le
passé,
ont
déjà
bénéficié
d'une
amnistie
ou
d'une
dispense
de
peine,
ne
peuvent
à
nouveau
en
bénéficier
C'est
le
cas
de
Esber
Yagmurdereli,
prisonnier
d'opinion,
avocat
et
écrivain,
doublement
pénalisé
par
la
loi
votée
le
8
décembre
dans
la
mesure
où
il
a
été
condamné
en
1996
à
10
mois
d'emprisonnement
sur
le
fondement
de
312
alinéa
2
pour
un
discours
en
faveur
de
la
paix
dans
le
Sud
Est,
et
dans
la
mesure
où
il
avait,
après
15
ans
de
prison,
bénéficié
d'une
mesure
d'élargissement
.
Son
cas
est
vraiment
l'un
des
plus
préoccupants
et
met
en
exergue
l'iniquité
d'une
loi
qui
non
seulement
n'a
aucune
vertu
réconciliatrice,
faute
de
prévoir
une
quelconque
amnistie,
mais
exclut
les
prisonniers
d'opinion.
Esber
Yagmurdereli
devrait
en
effet
purger
les
quelque
20
années
de
prison
qui
lui
restent
à
exécuter,
en
sus
des
15
ans
qu'il
a
déjà
purgés,
tout
cela
en
exécution
d'une
peine
incompressible
de
37
ans
d'emprisonnement,
prononcée
en
1981
dans
des
conditions
parfaitement
iniques
par
la
Cour
Martiale,
pour
soutien
à
organisation
prohibée.
Il
n'est
pas
acceptable
qu'un
pays
candidat
à
l'UE,
puisse
garder
dans
ses
geôles
quelqu'un
qui
a
été
condamné
en
cour
martiale
pendant
les
années
les
plus
noires
de
l'histoire
de
la
Turquie.
Comme
il
n'est
pas
acceptable
qu'une
loi
annoncée
d'amnistie,
qui
aurait
eu
des
vertus
réconciliatrices
évidentes,
mais
qui
n'en
est
finalement
pas
une,
exclue
en
outre
de
son
champ
d'application
ceux
qui
sont
détenus
pour
avoir
simplement
exprimé
des
opinions
divergentes
de
celles
du
pouvoir
en
place.
Il
faut
souhaiter
que
le
Président
Sezer
qui
a
jusqu'à
présent
montré
son
attachement
à
l'Etat
de
droit,
aux
libertés
fondamentales
et
au
respect
des
droits
de
l'Homme,
ait
le
courage
politique
de
replacer
la
Turquie
sur
la
juste
voie
et
refuse
de
signer,
en
l'état,
un
texte
qui
ne
marque
aucun
progrès
en
matière
de
liberté
d'expression.
Paris,
12
décembre
2000
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