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Les autorités tunisiennes ont encore franchi une nouvelle
étape dans la répression à l'encontre des
défenseurs des droits de l'Homme dont ils sont coutumiers
depuis plusieurs années.
La Ligue
tunisienne des droits de l'Homme (LTDH) est aujourd'hui la cible
d'une campagne mettant directement en danger son existence même.
Cette
campagne intervient un mois après la tenue du cinquième
congrès de la LTDH à l'issue duquel la nouvelle
direction de la Ligue, élue démocratiquement,
a affirmé sa volonté de suivre une ligne d'action
totalement indépendante. Ce congrès a marqué
une étape importante pour le pluralisme de la société
civile indépendante tunisienne.
Le 25
novembre 2000, quatre semaines après cet événement,
une procédure en référé a été
ouverte visant à mettre sous administration judiciaire
la Ligue (mise sous séquestre). Plus de cinquante avocats
locaux ont tenu à manifester leur soutien à la
Ligue en assistant à l'audience fixée en urgence
ce lundi 27 novembre à 9H devant le juge des référés.
La décision vient de tomber : toutes les activités
du Comité directeur de la Ligue sont suspendues dans
l'attente de l'examen sur le fond - soit la question de la nomination
éventuelle d'un administrateur judiciaire, qui interviendra
le jeudi 30 novembre.
Cette
procédure d'urgence fait suite à tout une série
d'actes de harcèlement. Au lendemain du congrès
était lancée une virulente campagne de presse
contre la nouvelle direction de la Ligue. Le 14 novembre, une
procédure judiciaire contestant les conditions de préparation
et le déroulement du 5eme congrès était
lancée par quatre
congressistes
battus lors des élections du bureau et dont les liens
avec le pouvoir sont manifestes. L'audience prévue le
9 décembre auprès du tribunal correctionnel de
Tunis a été reportée au 25 décembre.
Enfin, le 19 novembre, le nouveau secrétaire de la LTDH,
Khémais Ksila, se faisait interpeller et confisquer,
à son retour de Paris, plusieurs livres et un certain
nombre de documents.
Parallèlement,
les différentes prises de position et actions menées
par les membres de la Ligue et au travers desquelles, notamment,
ils dénonçaient l'extrême gravité
des conditions de détention des prisonniers politiques
y compris celle des grévistes de la faim, le déroulement
du procès - parfaitement inéquitable - des membres
présumés de groupe islamiste Ansar, étaient
très largement censurées dans les médias
tunisiens.
Eu égard
au contexte prévalant en Tunisie où les libertés
d'expression, d'opinion, d'association, de religion sont systématiquement
bafouées, cette succession de faits constitue une réelle
menace pour l'intégrité de la Ligue comme pour
celle de ses membres. Les procédures citées ci-dessus
n'ont d'autres motifs que celui de neutraliser définitivement
la nouvelle direction de la Ligue.
Mais,
plus largement, c'est bien l'ensemble des associations et du
mouvement démocratique et pluraliste tunisien qui est
ici visé.
Aussi
nous lançons un appel :
·
Aux plus hautes autorités tunisiennes et au Président
Ben Ali, de se conformer aux dispositions de la Déclaration
sur les défenseurs des droits de l'Homme adoptée
par l'Assemblée générale des Nations Unies
le 9 décembre 1998 qui garantit à chacun le droit
de promouvoir la protection et la réalisation des droits
de l'Homme et des libertés fondamentales aux niveaux
national et international (art 1). Il incombe à l'Etat
de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité
et la libre activité des défenseurs (art 12).
L'Observatoire rappelle que la Tunisie lors de la dernière
session de la Commission des droits de l'Homme a soutenu la
création d'un mécanisme international de protection
des défenseurs et par cela est censée avoir affirmé
son acceptation des termes de la Déclaration sur les
défenseurs.
·
Au Secrétaire général des Nations Unies,
Koffi Annan et à sa Représentante spéciale
sur les défenseurs des droits de l'Homme, Mme Hina Jilani,
afin qu'ils exercent les pressions nécessaires auprès
des autorités tunisiennes pour que soit mis un terme
à cette situation de répression.
·
A l'Union Européenne, à ses Etats membres et à
la Commission et au Parlement européens pour qu'ils respectent
l'accord d'association signé avec la Tunisie et exigent
des autorités tunisiennes qu'elles se conforment à
la clause sur les droits de l'Homme incluse dans cet accord.
Enfin
nous appelons les individus et les associations indépendantes
de défense des droits de l'Homme à soutenir cet
appel. La mobilisation de tous peut, seule, permettre de mettre
fin à la répression et rétablir dans leurs
droits tous les citoyens tunisiens.
Contacts
FIDH : Tel 33 (0) 1 43 55 25 18, Fax : 33 (0) 1 43 55 18 80,
E.mail : fidh@fidh.org
OMCT : Tel + 41 22 809 49 39, Fax + 41 22 809 49 29, E.mail
: omct@omct.org
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