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Une
mission
de
la
FIDH,
composée
de
Sidiki
Kaba,
Dominique
Noguères
et
Michel
Tubiana,
s'est
rendue
au
Maroc
en
juin
2000
pour
enquêter
sur
la
situation
des
droits
de
l'Homme
et
en
particulier
sur
le
problème
des
disparitions
forcées.
Etablir
la
vérité,
répondre
au
besoin
de
justice,
telles
sont
les
attentes
des
familles
de
victimes
et
des
rescapés,
à
qui
les
autorités
n'ont
pas
apporté
les
réponses
attendues.
Alors
que
le
pays
semble
être
entré
dans
une
phase
de
transition
politique,
ce
dossier
demeure
particulièrement
brûlant.
La
mission
a
pu
rencontrer
plusieurs
représentants
des
autorités
(ministre
des
Droits
de
l'Homme,
ministre
de
la
Justice,
conseil
consultatif
des
droits
de
l'Homme),
ainsi
qu'un
grand
nombre
d'ONG.
Dès
le
début
des
années
soixante,
et
de
manière
plus
massive
dans
les
années
1970
et
1980,
les
autorités
marocaines
ont
eu
recours
à
la
pratique
des
disparitions
forcées
pour
faire
taire
les
mouvements
d'opposition
et
les
militants
des
droits
de
l'Homme.
De
manière
systématique,
les
membres
des
divers
groupes
d'opposition
étaient
enlevés
et
détenus
illégalement
dans
des
centres
secrets
de
détention.
Leurs
familles
ignoraient
tout
de
leur
sort
;
ils
avaient
"
disparu
".
Pour
certaines
victimes,
ce
passage
par
les
centres
de
détention
précédait
souvent
un
jugement
:
obligés
de
signer
des
aveux
extorqués
sous
la
torture,
ils
étaient
déférés
à
la
justice
après
quelques
semaines
ou
quelques
mois
de
détention
secrète.
D'autres
étaient
libérées
après
une
période
plus
ou
moins
longue
de
détention,
sans
que
la
justice
ne
soit
à
aucun
moment
saisie.
Tous
les
témoignages
recueillis
attestent
de
tortures
systématique
en
détention
;
les
nom
de
certains
tortionnaires,
que
les
victimes
entendues
par
la
FIDH
se
déclarent
prêtes
à
identifier,
ont
été
communiqués
à
la
mission.
Le
rythme
et
l'ampleur
des
enlèvements
suivis
de
disparitions
ont
baissé
de
manière
significative
dans
les
années
1980
et
1990,
et
certains
disparus
ont
même
été
libérés.
Il
n'en
reste
pas
moins
qu'on
demeure
sans
nouvelles
de
plusieurs
centaines
d'entre
eux.
A
ce
jour,
les
autorités
publiques
marocaines
ne
se
sont
pas
données
les
moyens
de
procéder
à
un
véritable
recensement
des
cas
de
disparitions
forcées
et,
entre
le
chiffre
de
112
qu'elles
avancent
et
ceux
avancés
parles
ONG,
il
existe
une
différence
notable.
Le
nombre
exact
de
disparus
reste
donc
incertain,
et
peut,
selon
les
ONG,
évoluer
entre
600
et
deux
à
trois
mille
personnes.
La
multiplicité
des
intervenants
policiers
et/ou
militaires
(la
mission
de
la
FIDH
a
eu
connaissance
de
l'implication
de
sept
services
différents
plus
de
services
non
officiels)
complique
la
réalisation
d'une
liste
définitive.
Un
très
grand
nombre
de
disparus
l'ont
été
dans
le
contexte
du
conflit
qui,
à
partir
de
1975,
a
opposé
les
autorités
marocaines
au
Front
Polisario,
qui
revendique
l'indépendance
du
Sahara
occidental.
Les
listes
de
disparus
sahraouis
communiquées
à
la
mission
lors
de
son
séjour
à
Laayoune
font
état
de
76
personnes
disparues
dont
le
sort
demeure
totalement
inconnu
et
à
propos
desquelles
les
autorités
marocaines
ne
fournissent
aucun
renseignement,
de
378
personnes
dont
le
sort
a
été
élucidé
(321,
dont
73
femmes
-
19
allaitant
au
moment
de
leur
enlèvement
-
ont
été
libérées
après
un
ordre
officiel
du
roi
Hassan
II
en
1991
et
57
personnes
sont
décédées
en
détention
secrète),
et
815
personnes
disparues
puis
revenues
au
fil
des
ans.
Mobilisation
des
familles.
Jusqu'au
début
des
années
1980,
les
autorités
marocaines
niaient
systématiquement
l'existence
du
phénomène
des
disparitions.
Mais
sous
la
pression
des
familles
et
des
ONG
nationales
et
internationales
de
défense
des
droits
de
l'Homme,
le
dossier
des
disparus
a
enfin
été
rouvert.
Des
groupes
d'anciens
disparus,
libérés,
s'étaient
en
effet
constitués
en
comités
informels,
portant
souvent
le
nom
du
centre
de
détention
où
ils
avaient
été
incarcérés
(Groupe
de
Tazmamart,
Groupe
Banou
Hachem,
Groupe
des
disparus
sahraouis,
)
;
une
association
était
créée
en
France
(l'Association
des
parents
et
amis
de
disparus
au
Maroc,
l'APADAM)
et
le
28
novembre
1999,
une
nouvelle
association,
le
Forum
marocain
pour
la
Vérité
et
la
justice
voyait
le
jour.
Ce
forum
a
notamment
organisé
plusieurs
manifestations
publiques
pour
réclamer
toute
la
vérité
sur
le
sort
des
disparus,
parmi
lesquelles
un
pèlerinage
sur
le
site
de
Tazmamart
en
octobre
2000.
De
leur
côté,
les
associations
marocaines
de
défense
des
droits
de
l'Homme
n'ont
cessé
durant
ces
années,
de
revendiquer
la
vérité
sur
le
sort
des
disparus.
La
réaction
des
autorités
marocaines.
Depuis
la
libération
des
détenus
survivants
de
Kalaat
M'gouna
puis
de
Tazmamart
en
1991,
le
dossier
des
disparus
n'a
pas
connu
d'évolution
jusqu'à
ce
que,
en
octobre
1998,
il
soit
examiné
par
le
Conseil
Consultatif
des
Droits
de
l'Homme.
Cet
examen
avait
toutefois
été
vivement
critiqué
:
limité
à
112
personnes,
dont
56
étaient
décédées,
il
ne
permettait
pas
un
règlement
global
du
problème
qui
satisfasse
les
demandes
des
familles
endeuillées
dans
le
respect
des
normes
internationales
relatives
à
la
disparition
forcée.
De
fait,
après
que
le
roi
Hassan
II
eut
affirmé
en
octobre
1998
avoir
donné
des
instruction
pour
que
le
dossier
soit
réglé
dans
les
six
mois,
en
avril
1999,
le
Conseil
Consultatif
reconnaissait
la
disparition
de
44
personnes
parmi
les
112
de
la
liste
qu'il
avait
publiée
6
mois
plus
tôt,
et
annonçait
que
le
dossier
de
la
disparition
forcée
était
désormais
clos.
Il
y
a
près
d'un
an,
le
roi
Mohamed
VI
prenait
la
succession
de
son
père
Hassan
II,
et
en
août
1999,
amorçait
un
changement
important
en
demandant
la
création,
auprès
du
CCDH,
d'une
"
Commission
d'arbitrage
indépendante,
chargée
de
déterminer
les
indemnisations
pour
les
préjudices
moral
et
matériel,
au
profit
des
victimes
et
des
ayants
droit
des
déclarés
disparus
ou
ayant
fait
l'objet
de
détention
arbitraire
".
Un
transfert
de
cette
question
était
donc
réalisé
du
Conseil
consultatif
à
cette
commission
laquelle
a
pour
charge,
non
d'élucider
les
conditions
de
disparition
et
les
responsabilités
encourues,
mais
d'indemniser
les
victimes
en
se
bornant
à
constater
qu'il
s'agit
bien
d'un
cas
de
disparition.
Aujourd'hui,
en
dépit
de
la
reconnaissance
au
plus
haut
niveau
par
les
Autorités
marocaines
du
phénomène
des
disparitions
et
de
l'engagement
du
processus
d'indemnisation,
les
familles
de
victimes
continuent
à
juste
titre
à
protester
contre
la
démarche
engagée
par
le
Conseil
consultatif.
Non
seulement
en
raison
de
l'évidente
minoration
du
chiffre
total
de
disparus,
mais
aussi
à
cause
de
l'imprécision
des
informations
du
dernier
communiqué
de
cet
organisme,
voire
de
l'erreur
manifeste
de
certaines
de
ses
affirmations.
Non
seulement,
le
nombre
de
cas
a
été
manifestement
sous-estimé
mais
aucune
réponse
n'a
été
apportée
aux
interrogations
concernant
la
situation
de
certains
disparus,
ni
en
ce
qui
concerne
la
restitution
des
dépouilles
des
personnes
décédées
aux
familles.
Au
surplus,
le
nombre
de
dossiers
déposés
devant
la
Commission
d'indemnisation,
ainsi
que
le
nombre
même
de
personnes
libérées
sur
ordre
royal,
suffisent
à
démontrer
que
le
recensement
effectué
par
le
Conseil
consultatif
est
sans
crédibilité.
Indemniser
et
réhabiliter
les
victimes.
Bien
que
les
autorités
tiennent
à
se
limiter
au
chiffre
de
112
disparus,
conformément
aux
évaluations
du
CCDH,
elles
acceptent
désormais
le
principe
de
l'indemnisation
"
juste
et
équitable
"
des
victimes
libérées
et
des
familles
des
"
disparus
"
décédés
lors
de
leur
détention.
Un
pas
en
avant,
certes,
mais
qui
demeure
bien
en-deça
des
attentes
des
victimes,
notamment
en
raison
de
la
composition
de
cette
commission,
où
siègent
des
représentants
des
ministères
de
l'Intérieur
et
de
la
Justice
-
deux
institutions
longtemps
actrices
ou
complices
des
disparitions
-.
Ce
sont
près
de
6
000
victimes
ou
ayants
droits
qui
ont
déposé
une
demande
d'indemnisation
à
la
Commission,
avant
le
31
décembre
1999.
Ce
délai
avait
en
effet
été
imposé
par
la
Commission,
au
grand
dam
des
victimes
et
des
ONG
qui
demandaient
que
la
vérité
soit
faite
sur
toutes
les
disparitions
avant
toute
indemnisation.
Parce
qu'elles
ont
estimé
que
l'indemnisation
ne
saurait
intervenir
avant
l'établissement
de
la
vérité,
certaines
familles
ont
retourné
au
CCDH
le
chèque
reçu.
Aujourd'hui,
plusieurs
dizaines
de
personnes
ont
reçu
une
indemnisation.
Rendre
justice.
Une
partie
des
ONG
marocaines
souhaite
un
jugement
immédiat
des
responsables,
d'autres
estiment
que
la
reconnaissance
des
responsabilités
suffit.
C'est
à
la
société
marocaine
elle-même
qu'il
appartient
de
déterminer
les
modalités
selon
lesquelles
ces
responsabilités
seront
mesurées
et
les
conséquences
qui
en
seront
tirées.
Quelle
que
soit
la
méthode
qui
sera
retenue,
il
est
certain
que
les
auteurs
de
ces
faits
ne
doivent
pouvoir
bénéficier
d'aucune
impunité
:
à
ce
titre
l'établissement
de
la
vérité
est
un
impératif
auquel
les
autorités
marocaines
ne
sauraient
échapper.
Contact
presse
:
Gaël
Grilhot/Sara
Guillet
:
01
43
55
25
18
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