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Demain,
samedi 14 octobre Vojislav Kostunica, Président de la République
Fédérale de Yougoslavie, élu le 24 septembre 2000,
sera l'hôte de marque du sommet des pays membres de l'UE, qui
s'ouvre aujourd'hui, à Biarritz.
Mardi 10 octobre, Miroslav Filipovic, collaborateur du journal indépendant
serbe Danas, de l'Agence France-Presse et de l'Institute for War and
Peace Reporting (IWPR), condamné par la Cour Suprême Militaire
le 26 juillet 2000, à sept ans de prison pour "espionnage"
et "diffusion de fausses informations" est sorti, libre, de
la prison de Nis après avoir été finalement relaxé
par la même jurdiction. La décision, parce que rapide et
nécessaire, après la " révolution " qu'a
connue la RFY, la semaine dernière est aussi importante que symbolique
d'une volonté de changement et il faut s'en féliciter.
Mais il serait regrettable de s'arrêter en si bonne voie. Reste
en effet, ce millier de femmes et d'hommes albanais, capturés
au Kosovo, par les forces serbes pendant le printemps 99, alors que
les pays alliés au sein de l'Otan poursuivaient leur campagne
de frappes sur la RFY, qui, après la capitulation de Belgrade
en juin, ont été emmenés en Serbie, avant que le
Kfor n'entre au Kosovo. Prisonniers de guerre, leur sort aurait dû
être réglé dans les accords signés à
Kumanovo entre les forces alliées et serbes. Ils ont été
oubliés par la communauté internationale et les troupes
de Milosevic les ont emportés comme on emporte un butin de guerre.
Parce que la situation a changé à Belgrade, le prétexte
de l'impasse diplomatique, face à un dictateur, ne vaut plus.
La FIDH demande aux pays membres de l'UE d'user de leur influence aujourd'hui
retrouvée sur la RFY, pour contraindre ses nouveaux dirigeants
à libérer, sans exception, ni sélection, ceux que
le droit international de la guerre, s'il avait été respecté,
obligeait Belgrade à libérer, ou à tout le moins,
à laisser au Kosovo. Si Flora Brovina, par son courage et son
charisme, est devenue la figure emblématique de ces prisonniers
de l'ombre, il ne serait pas acceptable qu'elle seule soit libérée
et que la communauté se satisfasse de cette seule libération,
que le nouveau régime yougoslave serait susceptible de donner
comme seul gage de sa volonté de changement . Tous, sans exception,
devront être rendus à la Mission des Nations Unies pour
le Kosovo, sans qu'il puisse être question d'accepter de lier
leur sort au retour des serbes au Kosovo et à la clarification
du sort des disparus serbes du Kosovo, questions tout aussi importantes
et à la solution desquelles la communauté internationale
devra continuer d'œuvrer, mais qui ne peuvent justifier pareil marchandage.
Par ailleurs, il n'est pas acceptable que le sort de Milosevic soit
jugé désormais " secondaire ". Celui-ci est,
depuis le mois de mai 1999, mis en accusation pour crimes de guerre
et crimes contre l'humanité par le TPIY et a fait, avec les autres
dirigeants politiques et militaires de RFY et de Serbie , également
mis en accusation le même jour, l'objet d'un mandat d'arrêt
international.
La " plus belle page de l'histoire de la démocratie en Europe
", pour reprendre l'expression du Ministre français des
affaires Etrangères, ne sera écrite véritablement
que lorsque Milosevic et ses alliés, auront été
livrés à la Haye par les nouveaux dirigeants de la RFY.
C'est faire bien peu de cas des centaines de milliers de victimes civiles
des guerres sanglantes, ordonnées depuis plus de 10 ans, par
l'ex maître de Belgrade, pour servir une cause ultranationaliste
et le maintenir au pouvoir, que de renvoyer à plus tard, leur
comparution devant les instances judiciaires, créées précisément
pour que justice soit faite et que ces crimes là ne se répètent
pas.
L'ère où les dictateurs et criminels de guerre, pouvaient,
en toute impunité, espérer couler de vieux jours paisibles,
sans craindre d'avoir à rendre compte de leurs crimes, est révolue
et ne doit pas renaître. La résistance de ces derniers
jours opposée par les pro Milosevic, constitue la preuve manifeste
de ce que, différer la remise aux autorités judiciaires,
de Milosevic et de ses alliés, expose à un risque sérieux
et accru d'instabilité, la RFY - comme le reste des Balkans -
à l'heure où elle tentait de relever la tête et
de sortir de l'impasse dans laquelle elle était, depuis plus
de dix ans, placée.
La FIDH invite les pays membres de l'UE à user de toute leur
influence auprès de lui pour exiger, sans délai, du Président
Kostunica, la remise immédiate au TPIY de la Haye de Slobodan
Milosevic, Milan Milutinovic, Nikola Sainovic, Dragoljub Ojdanic, Vlajko
Stojiljkovic.
Ne pas contraindre Kostunica à livrer Milosevic et ses alliés
aujourd'hui, c'est enfermer le peuple serbe avec ses démons dans
son passé meurtrier, c'est oblitérer son futur et rendre
impossible la construction d'une démocratie dont la justice est
la première pierre. C'est surtout oublier les victimes, et renier
la volonté de justice dont la création du TPIY était
la traduction.
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