Alors que la décision réitère l’engagement des chefs d’Etat à combattre l’impunité et à promouvoir la démocratie et l’Etat de droit, elle s’attaque cependant à l’indépendance judiciaire de la Cour, va à l’encontre des engagements conventionnels des Etats africains parties au Statut de Rome, et tente d’affaiblir la juridiction internationale chargée de répondre au droit à la justice des victimes des crimes contre l’Humanité, crimes de guerre et crimes de génocide, lorsque les juridictions nationales n’ont ni la volonté ni la capacité de le faire. Dans leur décision, les chefs d’Etats de l’Union africaine refusent toute coopération avec la CPI concernant l’arrestation et le transfert à La Haye de « personnalités africaines » ; critiquent l’inopposabilité des immunités devant la CPI et demandent au Conseil de sécurité des Nations unies d’appliquer l’article 16 du Statut de Rome pour suspendre la procédure contre el-Béchir.
Cette résolution des chefs d’Etat est une gifle aux centaines de milliers de victimes qui espèrent depuis des années que justice leur soit rendue et que la paix règne enfin, sans avoir obtenu de réponse de la justice nationale, ni des instances politiques nationales, régionales et internationales. Cette résolution consacre spectaculairement le paradoxe de nombreux chefs d’Etat africains qui s’élèvent contre des poursuites pénales affectant l’un des leurs, alors qu’ils ont par ailleurs développé une coopération utile avec la CPI.
Quant au souci affiché dans cette décision de préserver la dignité du continent africain face à l’action de la justice internationale, les membres du Bureau international de la FIDH soulignent le nécessaire et strict respect de l’indépendance de la justice et de la dignité des victimes, pour lesquelles la Cour pénale internationale constitue le dernier rempart contre le règne de l’impunité. Ce que les 30 Etats africains parties au Statut de Rome ont, à juste titre, acté en y adhérant.
La FIDH appelle les Etats africains concernés à rompre avec le double language en s’engageant résolument pour que la dignité des victimes et la primauté du droit l’emportent sur le cynisme et la défense des intérêts de l’un d’entre eux.
Le Bureau international de la FIDH :
Présidente :
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