L’Observatoire a été informé de la reprise du procès le 7 février 2011 de M. Jean-Marc Bikoko, président de la Centrale syndicale du secteur public (CSP), M. Maurice Angelo Phouet Foe, Secrétaire général du syndicat national autonome de l’Education et la Formation (SNAEF), M. Théodore Mbassi Ondoa, Secrétaire exécutif de la Fédération camerounaise des syndicats de l’éducation (FECASE), M. Joseph Ze, Secrétaire général du syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles normales (SNUIPEN), M. Eric Nla’a, comptable à la CSP, et MM. Nkili Effoa et Claude Charles Felein, du SNUIPEN devant le Tribunal de première instance de Yaoundé pour "organisation de manifestation illégale" et "trouble à l’ordre public".
Lors de cette audience, le procureur de la République a présenté les éléments du dossier d’accusation, dont notamment les procès verbaux des auditions des sept prévenus au commissariat le jour de leur arrestation le 11 novembre 2010, ainsi qu’une lettre d’interdiction de la manifestation du sous-préfet. A la question de la présidente du tribunal de savoir si cette lettre avait été notifiée aux prévenus, le procureur a allégué qu’elle avait été envoyée à l’adresse contenue dans la déclaration de manifestation qui lui avait été envoyée par la CSP en amont du rassemblement. Les sept syndicalistes ont quant à eux déclaré devant la cour n’avoir eu connaissance pour la première fois de ce document que lors de leur interrogatoire au commissariat, à la suite de leur arrestation, suite à quoi le procureur a déclaré qu’il n’avait pas été "question qu’il se déplace à l’adresse de la CSP" pour leur remettre la lettre d’interdiction.
Suite à ces déclarations, le procès a été une nouvelle fois renvoyé au 21 mars 2011. L’audience sera consacrée aux réponses des prévenus aux déclarations du procureur, et à d’éventuels compléments de preuves devant être apportés par le procureur.
L’Observatoire dénonce la poursuite du harcèlement judiciaire à l’encontre de ces sept défenseurs suite à la tenue d’une manifestation pacifique, en ce qu’il constitue une entrave aux libertés de réunion et d’expression reconnues par plusieurs instruments régionaux et internationaux de défense des droits de l’Homme, et en particulier la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’Homme adoptée le 9 décembre 1998 par l’Assemblée Générale, le Pacte International relatif aux droits civils et politiques et la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.
Rappel des faits :
Les sept syndicalistes ont été arrêtés dans la matinée du 11 novembre 2010 par des éléments de la police du Commissariat central de la ville de Yaoundé dépêchés sur les lieux, au cours d’une manifestation pacifique devant la primature organisée à l’appel de la CSP. Ils entendaient remettre au Premier Ministre, M. Philémon Yang, un mémorandum des travailleurs des services publics à l’attention du Chef de l’État, M. Paul Biya, portant notamment sur l’amélioration des conditions des travailleurs au Cameroun.
Les sept syndicalistes n’ont pas eu accès à leur avocat avant d’être présentés au Parquet le lendemain matin. Le 12 novembre 2010 à 20h30 ils ont été libérés par le procureur de la République, qui les a informés qu’ils devaient comparaître le lundi 15 novembre 2010 devant le Tribunal de première instance de Yaoundé. Le 15 novembre, après la présentation du chef d’accusation d’"organisation de manifestation illégale" et "de trouble à l’ordre public", les accusés ont plaidé non coupables sur la base du fait que la CSP avait notifié les autorités de leur intention d’organiser une manifestation, comme prévu par l’article 6 de la loi N°990/055 du 19 décembre 1990 relative au régime des réunions et des manifestations. Le 8 novembre 2010, le sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé III avait émis une lettre interdisant la manifestation sous prétexte que « les manifestations publiques à caractère vindicatif et/ou revendicatif sont et demeurent interdites sur toute l’étendue du département du Mfoundi ». Toutefois, selon l’article 8 de cette même loi, une manifestation ne peut être interdite que par arrêté du préfet, le sous-préfet n’ayant pas qualité pour le faire.
Actions requises :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités camerounaises en leur demandant de :
· Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique des sept syndicalistes et de tous les défenseurs des droits de l’Homme au Cameroun ;
· Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, à leur encontre ainsi qu’à celle de tous les défenseurs des droits de l’Homme au Cameroun, afin qu’ils puissent exercer leurs professions et mener leurs activités de défense des droits de l’Homme librement et sans entrave ;
· Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement :
· Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et des instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Cameroun.
Adresses
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Cameroun dans vos pays respectifs.









