La FIDH et SOAT expriment leur plus vive inquiétude face à la situation critique des droits de l’Homme et l’urgence humanitaire que traverse la région du Darfour. Bien qu’un cessez-le-feu ait été signé le 8 avril à N’Djamena, Tchad, entre le Gouvernement soudanais et les rebelles de l’Armée de Libération du Soudan (Sudan Liberation Army - SLA) et du Mouvement pour la Justice et l’Egalité (Justice and Equality Movement - JEM), les forces armées gouvernementales et les milices Janjaweed continuent à mener d’intolérables attaques contre les populations civiles.
D’après SOAT, le 17 avril 2004, les forces gouvernementales et les milices Janjaweed ont lancé une violente attaque contre les villages de Hillat Ibraheam, à 10 kms au sud de Nyala dans la province du Darfour, et de Abu Ajoura, à 35 kms au sud-ouest de Nyala. Cet assaut, qui constitue une violation caractérisée de l’accord de cessez-le-feu, a causé la mort de 45 personnes, et détruit 312 maisons.
De plus, la population Zaghawa (1) reste la cible des forces armées du Gouvernement. Le 19 mars 2004, 11 personnes, dont 3 mineurs âgés de 13 à 17 ans, ont été arrêtées par des membres des forces armées et des renseignements militaires dans le village de Jeway Kheena, dans la région du Darfour. Les 8 adultes, soupçonnés d’avoir participé à un assaut de la SLA contre la ville de Bouram le 10 mars 2004, ont d’abord été placés en détention dans un camp militaire de Bouram, où ils ont été soumis à des actes de torture. Selon les informations que SOAT a pu recueillir auprès de l’un des détenus qui a été remis en liberté le 2 avril, les 8 hommes ont été sévèrement battus à coups de pied, de bâton et de crosse de pistolet. Ils ont été suspendus pieds et poings liés à un arbre la tête en bas durant plusieurs heures, et l’un d’entre eux s’est vu insérer des objets métalliques dans le rectum. Le 28 mars, ils ont été transférés à la prison militaire de Nyala, où ils n’ont reçu aucune nourriture durant les trois jours qui ont suivi leur arrivée. Le lieu de détention des sept prisonniers restants est à ce jour inconnu. Quant aux trois enfants, suspectés de soutenir la rébellion, ils ont été placés en détention au camp militaire de Jeway Kheena, et ont été torturés par les services de renseignement militaire. Ils ont notamment été enchaînés, puis fouettés et battus à coups de crosse. La FIDH et SOAT ne disposent d’aucune information à ce jour permettant de savoir s’ils sont ou non encore maintenus prisonniers.
Par ailleurs, les dispositions de l’accord de cessez-le-feu stipulant la libération des prisonniers de guerre semblent être largement ignorées par le Gouvernement : 14 hommes suspectés de soutenir la rébellion, et qui avaient été arrêtés il y a 2 mois, sont toujours emprisonnés au centre de détention de Nyala, où ils auraient subi de graves actes de torture.
La FIDH et SOAT rappellent la dimension dramatique qu’a atteinte la crise humanitaire dans la province du Darfour. Les camps de réfugiés de la région et de l’est du Tchad sont submergés par le flot grandissant de personnes déplacées, et la situation sanitaire des camps se détériore d’autant plus que l’assistance humanitaire ne bénéficie toujours pas du libre accès au territoire. Une mission humanitaire des Nations Unies, qui s’est rendue dans le Darfour et dans les camps de réfugiés de l’est tchadien entre le 28 et le 30 avril 2004, a rapporté qu’il s’agissait de « l’une des plus grave crise humanitaire dans le monde ». La mission a également souligné « l’urgence du travail humanitaire », d’autant plus indispensable que la saison des pluies va bientôt commencer.
La FIDH et SOAT dénoncent avec la plus grande fermeté la persistance des violations des conventions relatives aux droits de l’Homme et du droit humanitaire international (2), notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, la Convention relative aux droits de l’Enfant et la Convention de Genève. Par ailleurs, la FIDH et SOAT condamnent vigoureusement les violations flagrantes de l’accord de cessez-le-feu.
La FIDH et SOAT, considérant l’intervention de la Commission des droits de l’Homme des Nations Unies comme insuffisante, espèrent que la 35ème session de la Commission Africaine des droits de l’Homme et des peuples, qui se tiendra à Banjul en mai 2004, sera l’occasion, pour les institutions intergouvernementales, de faire preuve de la plus grande fermeté au regard de la situation dramatique au Soudan. En effet, l’examen du rapport périodique du Soudan, auquel la FIDH et SOAT vont présenter un rapport alternatif, est à l’ordre du jour de la Commission. La FIDH et SOAT appellent la Commission à :
La FIDH et SOAT exhortent les deux parties impliquées à :
La FIDH et SOAT exhortent également le Gouvernement du Soudan à :
(1) Depuis le début du conflit, les forces gouvernementales et les milices Janjaweed se sont tout particulièrement attaquées aux communautés Fur, Zaghawa et Massalit.
(2) Voir communiqué de presse de la FIDH du 13 avril 2004









