Le Kazakhstan, qui assure actuellement la présidence de l’OSCE, est signataire de nombreuses conventions internationales, en particulier de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et de la Convention contre la Torture dont l’article 3 interdit le refoulement vers un pays où il existe un risque de torture. Or, comme l’a récemment rappelé un arrêt de la Cour Européenne des droits de l’Homme, l’extradition vers l’Ouzbékistan violerait le principe de non-refoulement, dans la mesure où « il existe de nombreux rapports crédibles sur l’usage de la torture, des passages à tabacs réguliers et de la force contre les suspects dans des affaires criminelles ou les prisonniers par les forces de l’ordre ouzbèkes dans le but d’obtenir des confessions”( Garayev Vs Azerbaijan Requête n°. 53688/08, 10 Juin 2010).
Ces dernières arrestations de demandeurs d’asile au Kazakhstan inquiètent d’autant plus qu’elles interviennent dans un contexte délicat pour les réfugiés, qui suscitait depuis plusieurs mois l’inquiétude grandissante des défenseurs des droits de l’Homme.
En effet, depuis l’entrée en vigueur en janvier 2010 d’une nouvelle loi sur les réfugiés, le gouvernement kazakhstanais exige que tous les réfugiés passent devant la commission d’État d’attribution du statut de réfugié - y compris ceux qui disposaient déjà d’une attestation délivrée par le HCR. Une partie des réfugiés arrêtés devait d’ailleurs se présenter devant la Commission d’attribution du statut le 10 juin. Or, si l’on peut saluer la volonté des autorités kazakhes de prendre leur responsabilité face aux réfugiés, force est de constater que les nouvelles procédures ne permettent pas de garantir le respect des normes internationales et des garanties de protection.
Le fonctionnement du département en charge du droit d’asile inspire de grandes craintes en raison de son manque d’indépendance et de la présence au sein de la Commission de représentants des services spéciaux. La session qui s’est tenue le 10 juin, au lendemain de cette vague d’arrestation, en témoigne, puisque selon les témoignage des représentants d’ONG, un réfugié ouzbek s’est vu réclamer la preuve écrite qu’il avait été torturé et le nom de ses tortionnaires.
Par ailleurs, la loi elle-même provoque l’inquiétude sur de nombreux points, en particulier la possibilité de refuser l’asile à une personne soupçonnée d’appartenir à une organisation extrémiste, terroriste ou religieuse interdite dans son pays (article 12-5). Cet élément est directement inspiré des dispositions de la Convention de Shangai pour la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme de 2001. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si les demandeurs d’asile et réfugiés ouzbeks ont été arrêtés la veille de l’ouverture à Tashkent d’une réunion des pays de l’Organisation de Shangai, et ce alors qu’en Russie même on observe des pressions croissantes contre les Ouzbeks qui y sont réfugiés.
Ces arrestations interviennent par ailleurs dans un contexte de très forte limitation de la capacité d’action du HCR. Si avant l’adoption de la loi aucun demandeur d’asile ouzbek ne pouvait obtenir le statut de réfugié au Kazakhstan (à la différence des Afghans par exemple), le bureau du HCR pouvait leur délivrer un certificat de réfugié et chercher pour eux des solutions durables, le plus souvent un transfert vers les pays tiers. Des extraditions ou des expulsions avaient pu être évitées grâce à des interventions conjointes du HCR et des juristes du KIBHR.
Or, aujourd’hui, les autorités kazakhstanaises considèrent l’action du HCR comme « une intervention dans les affaires intérieures du pays » et demandent à celui-ci de transmettre la totalité des dossiers de réfugiés dont il dispose . Le HCR n’est autorisé à intervenir qu’en toute dernière instance, après le refus de la demande d’ asile par le département des migrations kazakhe et le rejet de l’appel par les tribunaux. Les abords mêmes du bureau du HCR à Almaty sont sous surveillance et des arrestations ou disparitions de demandeurs d’asile y ont été signalées à plusieurs reprises.
Face à cette situation inquiétante, la FIDH et le KBHR appellent :
Le gouvernement du Kazakhstan :
- à amender la Loi sur les Réfugiés afin qu’elle respecte totalement les normes et conventions internationales, et en particulier, abolir l’article (article 12-5) qui permet de refuser l’asile aux personnes soupçonnées d’appartenir à des organisations religieuses interdites dans leur pays d’origine ;
Le HCR :
L’OSCE :
Les gouvernements de l’Union européenne :
Contacts presse :
FIDH : Karine Appy/Fabien Maitre : + 33 1 43 55 14 12/ + 33 1 43 55 90 19 / + 33 6 48 05 91 57









