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AVEC NOS LIGUES,

5 août 2005
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Le 36ème congrès de la FIDH, réuni à Lisbonne, a examiné quelles sont ses priorités pour les prochaines années dans un monde ou les équilibres mondiaux se sont profondément modifiés. La disparition des deux blocs opposés à fait place à l’apparition d’un monde multipolaire où toute démarche unilatérale est vouée à l’échec. Ainsi qu’elle l’a déjà montré dans son histoire, la réflexion et l’action de la FIDH ne sauraient être déterminées par la critique de la politique de telle ou telle puissance dominante ou par le soutien à ses opposants. C’est, au contraire, en se fondant sur l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’Homme que nous pourrons œuvrer à la construction d’une communauté internationale respectueuse de ces principes.

A l’échelle des années à venir, la FIDH doit poursuivre son action, prendre toute sa place dans le concert des organisations internationales et améliorer encore son organisation et sa démocratie interne.

La FIDH regroupe 155 organisations réparties sur tous les continents. Cet immense effort d’internationalisation doit être poursuivi et s’accompagner du renforcement de nos actions régionales et des liens avec nos Ligues. La FIDH doit être aux services des Ligues qui la composent, s’enrichir de leurs expériences et les mutualiser. Nous devons renforcer la transversalité des relations au sein de la FIDH, assurer une meilleure circulation de l’information de manière à développer nos échanges mais aussi le débat politique. A cet égard, il est essentiel que, d’une part le bureau international et le bureau exécutif demeurent des lieux d’élaboration du débat politique et que, d’autre part, nous engagions les moyens nécessaires pour associer toutes les Ligues à ces débats.

En ce sens, le congrès de la FIDH doit être considéré comme l’un des moyens à privilégier pour favoriser la participation des Ligues au débat politique devant mener aux prises de position proposées par voie de résolution : les échanges lors du congrès doivent être favorisés dans la procédure d’adoption de ces résolutions.

Une telle démarche serait incomplète si nous ne poursuivions pas la construction de pôles régionaux chargés de mettre en œuvre les décisions du congrès et notre action de manière décentralisée. Dans la réalisation de ces objectifs, le rôle du secrétariat exécutif, sous la responsabilité des élus, est essentiel. Enfin, il faut encore mieux assurer l’indépendance financière de la FIDH. Un effort tout particulier doit être fait en direction de ressources financières dont nous avons la libre disposition.

Organisation généraliste, la FIDH a vocation à traiter de l’ensemble du spectre des droits de l’Homme. Sa capacité à mettre ainsi en cohérence l’ensemble des droits fait sa force, ne pas définir ses priorités serait une faiblesse. La défense de tous les droits pour tous exige que nous soyons, en premier lieu, aux côtés des défenseurs des droits de l’Homme et au soutien de l’indépendance des sociétés civiles. Notre solidarité doit être sans faille car d’elle dépend notre faculté à défendre les libertés de tous. Notre vigilance à l’égard des atteintes aux libertés sous couvert de la lutte contre le terrorisme est plus que jamais nécessaire. Notre combat contre la peine de mort et la torture sont intangibles. Enfin, notre engagement aux côtés des victimes, devant la Cour Pénale Internationale ou tout autre lieu utile, demeure plus que jamais une obligation. Mais, l’action de la FIDH serait incomplète si elle ne formulait pas d’autres propositions politiques de nature à remplir le mandat qu’elle s’est confiée depuis sa création. Plusieurs thématiques doivent guider notre action.

L’égalité des sexes doit rester un de nos objectifs majeurs. D’abord en notre sein et au sein de nos organisations, où l’inégalité est encore une réalité criante. Ensuite, parce que ce sont des milliards de personnes qui subissent violences et exploitation sexuelle ou qui sont exclues de la vie sociale et politique. Mais aussi, parce que le respect des droits de tous passe par le respect des droits des femmes et que cette volonté d’égalité est de nature à faire éclater les structures les plus archaïques comme à favoriser les processus démocratiques.

La démocratie est une perspective dont trop de peuples sont privés et sans laquelle les droits de l’Homme ne peuvent vivre. Nous savons qu’il appartient aux peuples eux-mêmes de construire leur propre voie vers la démocratie laquelle repose sur des principes généraux auxquels il ne peut être dérogé. La présence d’un fait religieux qui s’oppose aux régimes en place est une donnée que nous devons prendre en compte. Il nous faut accompagner ces processus qui passent par la construction de sociétés civiles indépendantes, par le respect de normes élémentaires comme, la liberté de conscience, un suffrage universel libre ou la liberté d’expression et d’information. Nous devons aussi pleinement participer à la reconstruction du contrat social et politique lorsque celui-ci a été détruit par la dictature et la violence. Le recours à la justice transitionnelle est une des voies possibles. La FIDH y est engagée et doit poursuivre cette démarche.

Des centaines de millions de personnes sont contraintes de quitter leurs pays parce qu’ils fuient la guerre, une catastrophe ou plus simplement l’impossibilité d’y construire leur avenir. Les migrations sont devenues un des faits majeurs de notre époque. Là encore, nous devons réaffirmer la plénitude des droits des personnes et la primauté du droit d’asile, notamment par la ratification de la convention internationale sur le droit des migrants. Conjointement à la résolution adoptée par ce congrès, nous devrons mieux cerner nos moyens d’action sur le terrain, mais aussi mieux définir nos moyens d’intervention auprès des gouvernements.

Parce que les droits de l’Homme sont indivisibles, la FIDH n’a jamais cessé de mettre à son ordre du jour les droits économiques, sociaux et culturels. Elle doit poursuivre la lutte pour la reconnaissance et le respect des droits économiques, sociaux et culturels.

Les conséquences dramatiques de la forme actuelle de globalisation des échanges, l’état désastreux de ces droits dans de nombreux pays du monde, l’absence de contrôle démocratique des acteurs privés ou institutionnels, le pillage des ressources naturelles et la crise environnementale prévue exigent que nous agissions afin d’obtenir le renforcement des normes internationales et des mesures de contrôle s’y rattachant en vue de mettre un terme à l’impunité des responsables des violations de ces droits..

En ce domaine, nous devons privilégier la définition de politiques nouvelles et le contrôle démocratique auxquels ne saurait se substituer la justice pénale.

Nous devons prendre en compte la diversité culturelle de l’Humanité dans le cadre du socle commun à cette même Humanité que sont les droits de l’Homme et les valeurs qu’ils portent. A défaut nous justifierions le discours de certains professant une vision hiérarchique des sociétés et nous promettant le conflit sans cesse renouvelé des civilisations. Mais, la question n’est pas seulement de s’appuyer sur ces valeurs universelles, elle est aussi celle des voies et moyens par lesquels par on y adhère, par lesquels elles s’enracinent au sein de chaque peuple, de chaque nation, de chaque culture. Et si les références à des valeurs partagées demeurent un impératif, l’acceptation de la multiplicité des chemins pour y adhérer en est une condition.

Enfin, les droits de l’Homme ne peuvent s’appliquer sans la paix. Plusieurs peuples subissent la violence d’une occupation étrangère, au mépris du droit international. Il s’en suit une perte de crédibilité des institutions internationales qui se voient accusées de « double standard ». Il nous appartient de dénoncer les atteintes à la paix, d’où qu’elles viennent, de réclamer la mise en œuvre du droit international et de proposer les mécanismes qui permettent de garantir le règlement pacifique des conflits.

Conscient de l’importance de ses objectifs, sachant qu’ils recouvrent les préoccupations de nombreuses autres organisations, la FIDH développera les partenariats utiles pour les atteindre.
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