|
EXCLUSIONS,
RACISME,
ET
PLURALISME
CULTUREL
Atelier
n°2
-
Rapport
Les
questions
d'exclusion
et
de
racisme
invitent
à
distinguer
entre
deux
types
de
populations
principalement
concernées
par
ces
phénomènes
:
les
personnes
appartenant
à
des
minorités
nationales
(incluant
les
peuples
autochtones)
d'une
part,
celle
des
migrants
d'autre
part.
Les
situations
très
diverses,
qui
sont
chacune
le
produit
d'une
évolution
historique
propre,
offrent
pourtant
des
caractéristiques
communes,
en
termes
de
préjugés
racistes,
de
processus
de
marginalisation,
et
de
discriminations
directes
et
indirectes.
Surtout,
le
lien
très
étroit
liant
la
question
du
racisme,
de
la
xénophobie
et
de
l'exclusion
à
celle
de
la
jouissance
de
l'ensemble
des
droits
de
l'Homme
pour
tous,
et
particulièrement
(mais
non
exclusivement)
des
droits
économiques,
sociaux
et
culturels,
figure
comme
un
trait
commun
dominant.
Racisme,
discrimination
raciale,
et
indivisibilité
des
droits
Les
formes
contemporaines
de
racisme
et
de
discriminations
partent
du
postulat
selon
lequel
les
différentes
cultures
ne
peuvent
coexister.
Plus
subtiles,
souvent
indirectes,
elles
invitent
à
l'exclusion
fondée
sur
la
culture
et
la
langue,
et
sont
à
ce
titre
plus
difficiles
à
détecter.
Sans
les
supplanter,
le
racisme
et
les
discriminations
linguistiques
et
culturelles
se
sont
superposés
aux
formes
traditionnelles
(racisme
et
discrimination
"
biologiques
"),
et
prennent
aujourd'hui
davantage
de
place
dans
les
discours
politiques.
La
question
qui
se
pose
en
toile
de
fond
est
celle
de
la
démocratie
culturelle,
de
la
participation
réelle
de
tous
les
groupes
au
jeu
démocratique,
et
de
la
conciliation
de
la
diversité
culturelle
avec
la
volonté
étatique
d'unité
nationale.
La
relation
entre
phénomènes
de
racisme
et
degré
de
reconnaissance
et
de
jouissance
des
droits
culturels
est
donc
particulièrement
étroite
;
et,
à
cet
égard,
l'importance
des
droits
linguistiques
doit
être
soulignée,
le
droit
d'apprendre
et
d'utiliser
sa
langue
maternelle
étant
une
condition
nécessaire
à
la
jouissance
des
autres
droits
de
l'Homme
(droit
à
la
santé,
droit
à
l'éducation,
droit
à
la
justice
).
Au
cours
des
débats,
la
place
que
la
société
marocaine
ménage
à
l'expression
de
la
culture
amazigh,
bien
que
le
cas
soit
loin
d'être
unique,
a
été
largement
citée
en
exemple
(et
a
conduit
à
l'adoption
d'une
recommandation,
reproduite
ci-dessous).
Enfin,
la
nécessite
de
préserver
le
patrimoine
culturel
des
groupes
culturels,
de
même
que
l'accès
de
ces
groupes
a
leur
patrimoine
culturel
a
été
posée,
et
notamment,
pour
le
Maroc,
a
propos
des
régions
de
Doukkal
et
des
Abdas.
Bien
souvent,
derrière
ces
types
de
discriminations,
et
que
l'on
prenne
en
compte
la
situation
des
migrants
ou
des
minorités
nationales,
les
données
économiques
sont
de
première
importance.
En
effet,
là
réside
l'une
des
principales
causes
des
phénomènes
qui
nous
préoccupent
:
concentration
des
richesses
(dans
les
pays
et
entre
pays),
refus
de
partager
les
ressources
économiques
d'un
pays,
émigration
économique,
désignation
d'un
bouc
émissaire,
qui
est
systématiquement
l'étranger
ou
le
différent,
dans
le
cadre
des
périodes
de
récessions
économiques,
enfermement
des
populations
concernées
dans
le
cercle
vicieux
de
la
misère
et
des
discriminations.
L'interférence
du
politique
et
du
religieux,
et
l'instrumentalisation
du
racisme
et
de
la
xénophobie
comme
moyen
d'emporter
la
victoire
dans
le
cadre
de
luttes
de
pouvoirs,
ou
comme
moyen
de
gouvernements,
est
à
ce
titre
particulièrement
inquiétante
(refus
de
partager
le
pouvoir,
phénomènes
de
tribalisme,
régionalisme
et
ethnicisme,
particulièrement
pour
ce
dernier
point
en
Afrique
noire,
montée
de
l'extrême
droite).
Le
lien
étroit
entre
phénomènes
de
discriminations
et
racisme
et
droits
économiques
et
sociaux
d'une
part,
droits
culturels
d'autre
part,
droits
civils
et
politiques
enfin
(dont
la
jouissance
est
essentielle
au
bon
fonctionnement
d'une
réelle
démocratie
culturelle),
est
évident.
La
lutte
contre
le
racisme
et
toutes
formes
de
discriminations
ne
peut
donc
que
s'insérer
dans
le
cadre
d'une
action
plus
large
de
protection
et
de
promotion
de
l'ensemble
de
ces
droits.
La
mise
en
lumière
de
l'importance
essentielle
de
la
reconnaissance
et
de
la
jouissance
des
droits
économiques,
sociaux
et
culturels
en
terme
de
lutte
contre
les
discriminations
permet
de
bien
mesurer
l'impact
de
la
mondialisation,
facteur
d'aggravation
des
exclusions
économiques
et
sociales,
sur
les
phénomènes
de
racisme.
Sur
le
plan
culturel,
la
mondialisation
ajoute
une
nouvelle
dimension
au
processus
d'uniformisation
des
cultures
(alors
que
ce
qui
est
naturel,
c'est
la
diversité),
qui
se
situe
à
deux
niveaux,
national
et
international
:
la
menace
qui
pèse
sur
certaines
cultures
vient
non
seulement
de
l'intérieur,
mais
aussi
de
l'extérieur
du
pays.
L'instrumentalisation
des
questions
culturelles,
opérée
par
certains
régimes
afin
d'éviter
l'applicabilité
des
droits
de
l'Homme,
ne
doit
pas
conduire
à
ignorer
la
question
des
droits
culturels.
Pistes
de
réflexion,
propositions
d'action,
et
recommandations
Le
fait
même
que
les
questions
de
l'exclusion,
du
racisme
et
du
pluralisme
culturel,
dans
le
contexte
actuel
de
mondialisation,
aient
fait
l'objet
de
débats
approfondis
au
sein
de
l'un
des
ateliers
du
34ème
Congrès
de
la
FIDH,
et
la
teneur
de
ces
débats,
montrent
que
les
préoccupations
sont
grandes.
Pourtant,
force
est
de
constater
le
manque
d'attention
dont
bénéficient
les
droits
culturels
sur
les
scènes
internationales
et
régionales,
et
dans
les
objectifs
même
d'une
grande
partie
des
ONG
également
(il
en
est
de
même,
mais
dans
une
moindre
mesure
semble-t-il,
des
droits
économiques
et
sociaux).
L'appartenance
à
un
réseau
international
comme
celui
de
la
FIDH
incite
à
intégrer
plusieurs
niveaux
d'intervention
pour
lesquels
nous
sommes
censés
élaborer
des
stratégies
adaptées
en
fonction
des
buts
et
des
moyens
qui
sont
les
nôtres.
L'action
doit
se
situer
sur
plusieurs
plans,
international,
régional,
national,
et
individuel.
Il
s'agit
en
effet,
pour
chaque
niveau,
tout
d'abord,
d'identifier
les
instruments
existants
en
vue
de
leur
application
en
droit
interne,
et
de
déceler
leurs
éventuelles
lacunes
(Conventions
internationales,
constitutions,
législations).
Or,
sur
ces
deux
questions,
il
faut
souligner
les
déficits
mêmes
du
droit
international
:
alors
que
la
Convention
internationale
de
protection
des
droits
des
travailleurs
migrants
et
des
membres
de
leur
famille,
adoptée
en
1990
n'est
toujours
pas,
dix
ans
plus
tard,
entrée
en
vigueur
(il
ne
manque
que
quelques
ratifications),
le
droit
international
refuse
toujours
largement
de
prendre
en
considération
les
droits
collectifs
des
minorités,
pour
seulement
reconnaître
les
droits
des
personnes
appartenant
à
de
tels
groupes.
Certains
Etats
n'ont
toujours
pas
ratifié
des
instruments
aussi
importants
que
la
Convention
pour
l'élimination
des
toutes
les
formes
de
discrimination
raciale
qui
possède
aujourd'hui
une
portée
quasi-universelle.
Ils
sont
très
nombreux,
par
ailleurs,
à
n'avoir
pas
opéré
la
Déclaration
prévue
à
l'article
14
de
cette
Convention,
permettant
au
Comité
chargé
de
veiller
à
son
application,
le
CERD,
d'examiner
des
plaintes
individuelles
et
collectives.
Les
associations
de
défense
des
droits
de
l'Homme
doivent
également
se
mettre
en
rapport
avec
les
institutions
(autorités
publiques,
administrations,
cours
et
tribunaux)
chargées
de
la
mise
en
uvre
de
ces
engagements
internationaux
et
des
lois
et
programmes
nationaux,
ce
qui
passe
par
une
identification
des
responsabilités.
Le
rôle
des
ONG
consiste
à
mesurer
la
distance
entre
le
droit
et
la
réalité.
Or,
parfois,
certaines
informations
permettant
de
saisir
cette
réalité
même
font
défaut.
Par
exemple,
en
matière
de
migrations
et
de
situation
des
migrants,
alors
que
des
informations
sont
disponibles
en
grand
nombre
sur
la
situation
en
Europe,
très
peu
nous
parviennent
sur
celle
des
autres
continents.
Pourtant,
on
sait
bien
que
certains
pays
du
Sud
sont
aussi
terres
d'immigration,
et
que
la
situation
des
migrants
sur
leur
territoire
est
tout
autant
préoccupante.
Les
institutions
comprennent
les
organes
internationaux
et
régionaux
de
surveillance.
A
cet
égard,
la
question
du
suivi
des
conclusions
adoptées
par
les
mécanismes
internationaux
tels
que
le
CERD
se
pose
avec
insistance.
Des
exemples,
trop
nombreux,
montrent
en
effet
que
bien
que
le
Comité
procède
à
l'examen
critique
de
la
situation
des
Etats
en
matière
de
discrimination,
ses
recommandations
bénéficient
très
rarement
d'une
action
de
suivi
sur
la
scène
nationale.
Trop
souvent,
aucune
publicité
n'est
donnée
par
l'Etat,
contrairement
à
ses
obligations
internationales,
ni
au
rapport
périodique
qu'il
élabore
discrètement,
ni
aux
résultats
de
l'examen
de
ce
rapport
par
le
Comité.
Il
convient
de
mentionner
le
fait
que
le
Forum
des
ONG
ayant
précédé
la
Conférence
régionale
préparatoire
européenne
à
la
Conférence
mondiale
contre
le
racisme,
qui
s'est
tenue
en
octobre
dernier
à
Strasbourg,
a
adopté
une
recommandation
spécifique
à
ce
propos,
sous
l'impulsion
de
la
Ligue
belge
des
droits
de
l'Homme
:
les
institutions
nationales
pertinentes,
notamment
parlementaires,
devraient
être
associées
à
l'élaboration
des
rapports
périodiques
ainsi
qu'à
l'analyse
et
au
suivi
des
conclusions
et
des
recommandations
des
organes
de
suivi
des
traités
relatifs
aux
droits
de
l'Homme
et
des
autres
mécanismes
de
contrôle,
en
particulier
du
CERD.
L'une
des
principales
missions
des
organisations
de
défense
des
droits
de
l'Homme
en
matière
de
lutte
contre
le
racisme
et
les
discriminations
est
de
susciter
l'élaboration
de
politiques
et
de
programmes.
Parmi
ces
derniers
doivent
figurer
de
façon
prioritaire
des
programmes
de
formation
et
d'éducation
aux
droits
de
l'Homme,
non
seulement
sur
les
normes
juridiques,
mais
aussi
pour
développer
une
culture
de
tolérance
:
l'objectif
est
de
peser
sur
les
comportements
individuels,
et
de
lutter
contre
les
préjugés
racistes,
parfois
certaines
traditions.
Il
faut
apprendre
à
ne
plus
avoir
peur
de
l'autre
et
de
sa
différence.
A
partir
de
ces
constats,
plusieurs
recommandations
et
propositions
ont
été
formulées
:
-
La
lutte
contre
le
racisme
et
toutes
les
formes
de
discrimination
raciale,
et
la
promotion
du
pluralisme
culturel,
doivent
devenir
une
priorité
pour
la
FIDH
et
ses
membres.
La
revalorisation
des
droits
culturels
dans
l'agenda
des
ONG,
dont
la
FIDH,
est
nécessaire.
A
cet
égard,
la
mise
en
place
d'un
dispositif
ou
mécanisme
d'action
et
de
réflexion
au
sein
de
la
FIDH,
qui
aurait
pour
mission
d'assurer
le
suivi
de
la
question,
en
assurant
la
participation
des
différents
groupes
intéressés,
serait
particulièrement
utile.
Sur
ces
thèmes,
la
FIDH
doit
encourager
les
échanges
d'expérience,
faciliter
la
circulation
d'information,
et
appuyer
et
accompagner
les
initiatives
de
ses
membres.
Par
ailleurs,
la
prise
en
compte
systématique
des
droits
culturels
et
du
lien
étroit
existant
entre
discriminations
raciales,
linguistiques
et
culturelles,
devrait
se
refléter
dans
le
contenu
des
rapports
alternatifs
que
les
ONG
adressent
aux
organes
de
supervision
des
conventions
internationales
relatives
aux
droits
de
l'Homme.
-
La
FIDH
et
ses
organisations
membres
doivent
organiser
des
programmes
de
formation
et
d'éducation
aux
droits
de
l'Homme,
non
seulement
sur
les
questions
légales,
mais
aussi
pour
créer
une
culture
de
tolérance.
-
D'une
manière
générale,
la
gestion
de
la
diversité
culturelle
dans
les
différents
pays
pose
la
question
de
la
démocratie,
c'est
à
dire
la
participation
pleine
et
entière
et
reconnue
des
différents
composantes
de
la
société
à
la
gestion
de
la
cité.
Dès
lors,
les
questions
aussi
importants
que
celle
de
la
lutte
contre
le
racisme
et
la
promotion
du
pluralisme
culturel
doivent
venir,
grâce
à
l'impulsion
des
ONG,
au
centre
des
débats
nationaux.
-
Action
de
la
FIDH
en
vue
de
la
Troisième
Conférence
mondiale
contre
le
racisme,
la
discrimination
raciale,
la
xénophobie
et
l'intolérance
qui
lui
est
associée,
qui
se
tiendra
à
Durban,
Afrique
du
Sud,
en
septembre
2001.
Certaines
ligues
partenaires
de
la
FIDH
ont
participé
aux
Conférences
européenne
et
américaine
préparatoires
;
d'autres
participeront
aux
Conférences
à
venir,
africaine
et
asiatique,
et
ont
commencé
à
échanger
leurs
préoccupations.
L'action
de
la
FIDH,
au
vu
des
résultats
de
l'atelier,
doit
insister
sur
la
question
de
la
reconnaissance
et
de
la
jouissance
pleines
et
entières
des
droits
économiques,
sociaux
et
culturels
de
tous,
comme
éléments
indispensables
de
tout
programme
d'action
de
lutte
contre
le
racisme,
la
discrimination
raciale,
et
la
xénophobie
qui
lui
est
associée.
|