Le chaos qui règne au Timor Oriental et les très graves crimes que subit actuellement le peuple timorais rappellent, si besoin était, à quel point la communauté internationale continue de faire une interprétation à géométrie variable de l’obligation qui est la sienne, et qu’elle a voulu récemment consacrer au Kosovo, de porter secours à population en danger de mort.
Tous les dirigeants occidentaux ont rivalisé pour expliquer à l’opinion publique internationale que l’intervention militaire de l’OTAN au Kosovo était dictée par un impératif : secourir les populations kosovares gravement menacées, et ce en l’absence même de mandat clair du Conseil de Sécurité des Nations Unies à cette fin.
L’horreur dans laquelle le Timor Oriental est aujourd’hui plongé ressemble fort à la chronique de très graves violations des droits de l’Homme et d’une catastrophe humanitaire annoncées. Depuis de nombreux mois, la FIDH et l’ensemble des organisations internationales de défense des droits de l’Homme ont tiré en vain la sonnette d’alarme(1), rappelant que le passage à l’indépendance du Timor Oriental avait toutes les chances d’être anéanti faute d’envoi sur place d’une force militaire internationale d’interposition, que la situation exigeait de l’avis de tous les observateurs.
En effet, il était absolument évident que l’armée et les forces de police indonésiennes seraient incapables de faire barrage à la logique fanatique des milices anti-indépendantistes, dont les desseins ont toujours été connus, comme les soutiens dont elles bénéficiaient dans l’armée indonésienne elle-même. C’est pourtant aux forces de sécurité indonésiennes que les Nations Unies ont confié la tâche d’assurer la sécurité de l’opération internationale entourant le scrutin.
Il fallait ainsi un degré de myopie ou de cynisme exceptionnel pour imaginer que ces mêmes milices ne s’efforceraient pas de saboter le processus électoral et son résultat.
Un des plus graves génocides du siècle a eu lieu au Timor Oriental en 1976. Il serait scandaleux d’y laisser se perpétrer, comme cela risque d’être le cas, un nouveau génocide.
La FIDH lance un appel à la communauté internationale et aux Nations Unies en particulier, afin que, dans les délais les plus brefs, soit votée une résolution autorisant l’envoi d’une force militaire internationale d’interposition ayant mandat de protéger les populations timoraises.
Il s’agit aujourd’hui d’une obligation absolue pesant sur la communauté internationale. S’y soustraire, de façon discriminatoire, à l’égard du Timor Oriental, discréditerait gravement les Nations Unies - qui ne se rachèteraient pas en créant dans deux ans un tribunal ad hoc pour juger les auteurs des crimes qui y sont commis aujourd’hui.